Manger à son clavier et travailler le weekend

  • Forum
  • Le 14 janvier 2013

  • Dominique Nancy

Cette photo fait sourire, mais elle a aussi un petit quelque chose de familier, non? (Image: iStockphoto)Avec les technologies de l'information et de la communication, le monde du travail a subi des transformations importantes. Et nos habitudes aussi ont changé. On mange devant l'écran d'ordinateur plutôt qu'à la table. Le soir et le weekend, on emporte un ou deux dossiers... Selon un sondage de l'Association canadienne des restaurateurs et des services alimentaires, 45 % des Canadiens se privent de diner au moins une fois par semaine. D'autres, pour gagner du temps, ne quittent plus leur clavier.

 

Un Canadien sur cinq dévore son repas à son bureau plutôt qu'à l'extérieur ou à la cafétéria, rapporte une autre enquête réalisée par le magazine Châtelaine et la Food and Consumer Products Manufacturers of Canada. Enfin, de plus en plus de personnes ne peuvent plus se passer de leur ordinateur et de leur bureau. Elles sont accros du boulot, selon les spécialistes de ce mal des temps modernes.

Forum s'est intéressé au phénomène et a interrogé quelques employés de l'Université sur leurs habitudes de travail. Trois d'entre eux se sont prêtés au jeu et ont accepté de répondre aux questions suivantes: avez-vous tendance à manger à votre bureau à l'heure du diner? Vous arrive-t-il de travailler tard le soir? Emportez-vous régulièrement du travail à la maison la fin de semaine?

Christian CasanovaChristian Casanova,
professeur et directeur de l'École d'optométrie

«Je suis un luncheur de bureau, confesse-t-il. La plupart du temps, je grignote un sandwich devant mon ordinateur en lisant mes messages électroniques. J'en profite aussi pour surfer rapidement dans l'actualité sur Internet. Je ne peux pas dire que j'aime particulièrement travailler en mangeant. Mais comme je suis souvent en réunion et très sollicité, le fait d'être seul me permet de relaxer un peu et surtout d'avancer dans mon travail. Je peux ainsi quitter le bureau pas trop tard sans me culpabiliser.

«Par contre, il m'arrive de travailler le soir, lorsque mon fils est couché, et parfois la fin de semaine s'il y a des dossiers importants à terminer. Mais cela ne fait plus partie de mon mode de vie. Avant, j'avais tendance à toujours travailler. J'étais un peu accro du boulot et je me laissais envahir par les technologies. J'ai appris à mieux organiser mon temps et à gérer les priorités. Ce n'est pas toujours facile lorsqu'il faut assurer la gestion d'un laboratoire de recherche en plus des tâches administratives de l'école. Imaginez, certains jours je reçois plus de 100 courriels! Heureusement, je voyage moins souvent. Quand on part, le travail s'accumule et c'est l'enfer au retour!»

Thierry BardiniThierry Bardini,
professeur au Département de communication

«Chez moi, je vais à l'occasion manger tout en continuant à travailler. Mais lorsque je suis au bureau, l'heure du diner est un moment privilégié. Même si je ne prends pas mon heure complète pour manger, j'en profite pour discuter avec mes collègues à la cuisinette des employés.

«Je travaille quelquefois le soir et aussi le weekend, surtout en période d'écriture. Bien sûr, je peux à certains moments bosser comme un fou et faire des semaines de 70 heures. Mais je ne suis dépendant ni du boulot ni des technologies. D'ailleurs, j'ai des règles très strictes à ce sujet et j'en informe mes étudiants au début de chaque session: ils ne doivent pas s'attendre à ce que je réponde sur-le-champ à leurs courriels. Par contre, je m'engage à faire le suivi dans les 48 heures.

«En général, je traite tous les messages que j'ai mis de côté le lundi matin. En ne répondant pas illico aux messages électroniques, les fausses urgences disparaissent comme par enchantement! De toute façon, les gens me connaissent. Si c'est vraiment une urgence, ils m'envoient un second courriel. Et là, je réagis plus rapidement», dit-il en riant.

Mathieu FilionMathieu Filion,
conseiller principal au Bureau des communications et des relations publiques

«Par la nature de mon travail, je suis appelé à répondre aux demandes des journalistes en tout temps. Je parle donc parfois au cellulaire au restaurant, je réponds à des courriels et je twitte le soir. Il m'est même déjà arrivé de faire des relations médias le matin en robe de chambre de chez moi», indique-t-il.

«Lorsqu'il y a des urgences, je suis contraint dans certains cas de grignoter tout en continuant à travailler. Mais dans la mesure du possible, à l'heure du diner, je prends un peu de temps pour regarder ce qui se passe dans l'actualité en visionnant différents sites Web et pour lire les messages reçus le matin. Bien sûr, il y a des débordements sur ma vie privée; le téléphone peut sonner à 21 h si un journaliste a besoin d'une information pour finir un texte. Cela fait partie des règles du jeu. Il est rare toutefois que je sois sollicité les samedis et dimanches. Ça arrive mais peu souvent, heureusement!»

Dominique Nancy