Mieux vaut marcher pour aller au marché

  • Forum
  • Le 14 janvier 2013

  • Daniel Baril

Daniel FullerAussi étonnant que cela puisse paraitre, de nombreuses études tendent à montrer que le fait de posséder une voiture est associé à un meilleur indice de masse corporelle (IMC). Le lien entre ces deux facteurs passerait par une plus grande facilité d'accès, assurée par la voiture, à des produits alimentaires sains comme les fruits et légumes.

 

Une telle corrélation, qui est plutôt contrintuitive puisque la voiture dispense d'avoir à marcher, a du moins été constatée dans les banlieues et quartiers défavorisés des grandes villes américaines, où l'on trouve ce qu'on appelle des «déserts alimentaires». Dans un tel environnement urbain, il n'est pas rare que le principal marché d'alimentation digne de ce nom soit à quatre kilomètres de distance. Sans voiture, les résidants n'ont accès qu'à de la malbouffe.

IMC et transport en commun

Une étude plus détaillée réalisée par Daniel Fuller, alors qu'il était stagiaire au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal, montre que la distance n'est pas le seul élément à prendre en considération; il faut aussi tenir compte du mode de transport.

Marcher pour faire ses emplettes contribue à l'atteinte d'un poids santé. (Photo: iStockphoto)À partir de données recueillies dans deux banlieues défavorisées de Philadelphie, Daniel Fuller, aujourd'hui chercheur postdoctoral à la Faculté de médecine de l'Université de la Saskatchewan, a voulu mesurer l'interrelation entre la distance d'un marché offrant des fruits et des légumes, le mode de transport et l'IMC des personnes qui font le marché.

Trois modes de transport ont été retenus, soit l'automobile, le transport en commun et le transport multimodal combinant le transport en commun, l'automobile, le covoiturage ou le vélo. La marche ne fait pas partie des données puisque, dans ce désert alimentaire, il faut parcourir en moyenne 3,6 kilomètres pour atteindre le principal marché d'alimentation. Fait peu surprenant, près de 80% des 1440 répondants étaient des femmes.

«Les études antérieures montraient que plus on est près d'un commerce offrant des fruits et légumes, plus on en consomme. Mais ce n'est pas le cas dans cette étude en milieux défavorisés: la distance ne permet pas de prédire la consommation d'aliments sains, affirme Daniel Fuller. Nous pensions que l'usage de l'automobile allait être associé à une plus grande consommation de fruits et de légumes, mais ce n'est pas le cas non plus.»

L'étude révèle par ailleurs une corrélation entre le transport en commun et l'IMC. Alors qu'un IMC considéré comme équilibré ou normal se situe entre 19 et 25, l'IMC moyen des répondants de cette étude est de 29,4, ce qui les classe à la limite de l'embonpoint avec risque accru de maladies cardiovasculaires et de diabète. Les usagers du transport en commun présentent pour leur part un IMC légèrement plus faible, soit de 28.

«Il ne faut donc pas uniquement considérer la distance, mais aussi s'arrêter au mode de transport dans l'évaluation du lien entre accès aux aliments sains et indice de masse corporelle», conclut le chercheur.

L'IMC plus faible des usagers du transport en commun demeure un résultat difficile à expliquer pour les auteurs de cette recherche, puisque les données n'incluaient pas d'information sur l'exercice quotidien. Mais Daniel Fuller est porté à croire que ce mode de transport est associé à plus de marche que les autres. L'hypothèse reste à clarifier, mais il semble qu'il vaut mieux aller au marché à pied lorsque cela est possible.

Même si le gain des usagers du transport en commun n'est que de 1,3 point à l'IMC, le chercheur est d'avis que cela est suffisant pour entrainer des répercussions bénéfiques sur la santé. «Cette réduction a des retombées cliniques non négligeables en termes de diminution des cas de diabète et des problèmes de santé mentale liés à l'estime de soi», indique-t-il.

Pas de désert alimentaire à Montréal

La situation observée dans les grandes villes américaines peut difficilement être transposée à Montréal parce qu'il n'existe pas de désert alimentaire dans la trame urbaine de la métropole, souligne Daniel Fuller.

Une étude effectuée il y a cinq ans à Montréal et à laquelle a participé Marie-Soleil Cloutier, chargée de cours au Département de géographie, montre en effet que les résidants de quartiers défavorisés ont accès à un supermarché dans un rayon de 816 mètres, ce qui est quatre fois moins éloigné qu'à Philadelphie. Ces mêmes Montréalais peuvent faire leurs courses dans trois supermarchés de chaines différentes dans un rayon de 1,3 kilomètre.

Daniel Baril