Éthique et culture religieuse : une formation unique pour les futurs enseignants

Mireille EstavalèzesEn septembre 2008, les cours d'enseignement moral et religieux disparaissaient de nos écoles pour faire place à un tout nouveau programme, celui de l'enseignement de l'éthique et de la culture religieuse. Avec cette nouvelle orientation, qui complétait la déconfessionnalisation du système d'éducation, le Québec fait maintenant figure de pionnier, aux quatre coins du monde, dans l'enseignement des religions.

 «Les chercheurs s'intéressent énormément à ce qui se passe présentement au Québec, considéré comme un pays avant-gardiste et une source d'inspiration. Dans la plupart des pays européens, les écoles ont encore une orientation confessionnelle. Toutefois, les experts s'entendent pour dire que ça ne peut plus durer, surtout devant le désintéressement des jeunes pour ce type d'enseignement», affirme Mireille Estivalèzes, responsable du baccalauréat en enseignement de l'éthique et de la culture religieuse (ECR) au secondaire à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

Mais en quoi est-ce si révolutionnaire? C'est que les élèves du secondaire n'apprennent plus seulement les principes du catholicisme et du protestantisme, ils font également l'apprentissage des autres religions: judaïsme, spiritualités des peuples autochtones, islam, bouddhisme et hindouisme. «Le but de ce programme est d'être en phase avec le caractère maintenant pluraliste de la société québécoise. On initie les élèves aux diverses religions du monde afin qu'ils les comprennent et puissent échanger leurs points de vue, dans le respect des croyances, avec les gens de toutes confessions», indique Mme Estivalèzes.

Programme qui demeure méconnu

Pour former les enseignants, la Faculté des sciences de l'éducation a créé, en 2006, une formation interdisciplinaire en éducation (60 crédits), en philosophie et en théologie et sciences des religions (de 30 à 33 crédits chacune). Chaque année, une quinzaine d'étudiants s'y inscrivent, ce qui est peu, considérant les besoins dans les écoles. Le fait que la formation ne soit pas très connue pourrait expliquer ce faible engouement, car les étudiants d'aujourd'hui n'ont pas tous suivi les cours d'ECR à l'école.

Mais d'autres facteurs seraient à la source de cette faible popularité, comme la contestation du programme devant les tribunaux. «Peut-être que beaucoup d'étudiants renoncent à s'y inscrire craignant que le cours ne survive pas aux contestations juridiques», avance Mme Estivalèzes. Cependant, les opposants ont été déboutés à deux reprises. La pérennité du programme ne semble plus faire aucun doute. Donc, avis aux intéressés: une carrière vous attend!

Jusqu'à maintenant, on constate que la plupart des étudiants du baccalauréat en enseignement de l'éthique et de la culture religieuse affichent un parcours atypique. «Plusieurs ont suivi une formation universitaire dans un autre domaine, comme en histoire ou en philosophie, alors que d'autres ont effectué une réorientation de carrière, ce qui fait que notre moyenne d'âge est supérieure à celle dans les autres programmes», constate Mme Estivalèzes.

Pascal Richer, étudiant qui termine sa quatrième année de baccalauréat, illustre à merveille la diversité des parcours en ECR. Après des études en design graphique et en cinéma au cégep, il a réalisé que ces deux champs d'activité ne lui convenaient pas. Alors qu'il se questionne sur son avenir, il découvre tout à fait par hasard l'existence du programme en ECR. «J'ai adoré mes cours de philosophie et je m'intéressais déjà beaucoup à l'histoire des religions. Je me suis dit que c'était une belle façon de concilier gouts personnels et travail», relate l'étudiant de 29 ans.

Durant ses stages, Pascal Richer a été étonné de la très grande curiosité des jeunes. «Ils parlent avec aisance et sont allumés», observe-t-il. En classe, il adore son rôle, celui de combattre les préjugés et d'encourager les élèves à s'exprimer en ayant des discours raisonnés, basés sur des arguments.

Autre élément qui plait à Pascal Richer, c'est que la formation en ECR est très ancrée dans la l'actualité. Commission Charbonneau, accommodements raisonnables, consultation sur la question de mourir dans la dignité, les débats actuels fournissent abondamment matière à discussion. «Beaucoup de jeunes du secondaire critiquent les autres cours en jugeant qu'ils sont trop loin de leur réalité. Mais dans ce cas-ci, c'est tout le contraire. C'est du concret!» conclut le futur professeur.

Simon Diotte
Collaboration spéciale