Les mathématiques à la rescousse de la planète Terre

Christiane RousseauVingt ans après le sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, les experts prédisent les pires catastrophes. Les gouvernements parviendront-ils à adopter une position commune pour que surgisse l'espoir de faire évoluer la situation dans le sens d'un développement harmonieux de l'humanité? Rien n'est moins sûr. Et pourtant, il y aurait urgence à passer à l'action. 

C'est ce qu'a fait Christiane Rousseau en mettant sur pied Mathématiques de la planète Terre 2013 (MPT 2013), un projet lancé internationalement en décembre dernier sous le patronage de l'UNESCO. «Les mathématiques jouent un rôle essentiel dans la compréhension des enjeux environnementaux ainsi que dans beaucoup d'autres processus touchant notre planète, tant comme discipline fondamentale que comme composante essentielle de la recherche multidisciplinaire et interdisciplinaire», affirme la professeure du Département de mathématiques et de statistique de l'Université de Montréal et vice-présidente de l'Union mathématique internationale.

Le projet MPT 2013, qui durera toute l'année, vise à mettre à l'avant-scène l'importance des mathématiques dans l'entendement des problématiques planétaires. «L'intégration de cette science dans les décisions permettra de mieux répondre aux défis globaux de l'avenir», selon Mme Rousseau, qui assure la coordination du projet à l'échelle internationale.

Forum l'a rencontrée afin d'en apprendre davantage sur ce projet qui réunit la communauté mathématique internationale.

 

En quoi consiste plus précisément l'initiative MPT 2013?

C.R.: Ce projet, souvent décrit comme une année internationale, rassemble plus d'une centaine de sociétés scientifiques, d'universités, d'instituts de recherche et autres organismes des quatre coins du monde. Il s'appuie sur cette collaboration inédite de mathématiciens pour faire progresser la recherche sur des enjeux planétaires fondamentaux comme la prévention des maladies et des épidémies et la protection de la biodiversité.

Mathématiques de la planète Terre 2013 veut mettre l'accent sur la recherche mathématique dans ces domaines, fournir une plateforme pour montrer la pertinence des mathématiques dans la résolution des problèmes planétaires et fusionner des activités présentement dispersées dans plusieurs organismes pour créer un contexte favorable aux développements mathématiques et interdisciplinaires rendus nécessaires par ces différents enjeux.

 

Pour vous, les mathématiques peuvent contribuer à résoudre des problèmes contemporains tels que les effets des changements climatiques. De quelle façon?

C.R.: Pour connaitre l'effet des changements climatiques, il faut concevoir des modèles, les valider pour pouvoir espérer s'en servir afin de faire des prévisions. Le travail est multidisciplinaire, car un modèle ne contient que ce qu'on y met et il faut être certains d'y inclure les bons paramètres. On ne peut séparer les questions climatiques des questions économiques, puisque ce sont les préoccupations économiques qui guident les décisions de nos gouvernements. De plus, toute l'organisation globale de notre planète par l'être humain, un des thèmes de MPT 2013, repose sur des modèles mathématiques, qu'on parle des systèmes économiques et financiers, des systèmes de santé, de l'énergie ou du développement durable. Les mathématiques sont vraiment au cœur de l'action humaine.

On s'attend à ce que l'initiative MPT 2013 permette le développement des connaissances mathématiques fondamentales à la compréhension des procédés dynamiques qui assurent la survie de la planète. En canalisant nos énergies sur le rôle des sciences mathématiques à cet égard, nous pourrons encourager les recherches qui nous aideront à résoudre nos problèmes communs.

 

Votre initiative a reçu l'appui de plusieurs instituts mathématiques universitaires et de sociétés savantes partout dans le monde. Êtes-vous étonnée?

C.R.: Oui et non. À l'origine, le projet s'adressait à la population de l'Amérique du Nord. Mais très vite, il a suscité l'intérêt de la communauté internationale compte tenu de l'importance des enjeux. Le thème est très porteur et comprend de si nombreuses facettes qu'il permet aux organisations partenaires de mettre en place de multiples activités en parallèle et de contribuer à l'initiative de manière créative.

 

Parlez-nous des activités qui se dérouleront tout au long de cette année.

C.R.: Les activités scientifiques prévues vont des ateliers spécialisés tenus dans un établissement jusqu'à des programmes thématiques regroupant parfois plusieurs instituts et s'étendant sur un semestre ou un an. De plus, de nombreuses sociétés savantes tiendront leur rencontre annuelle sur le sujet et lui consacreront des articles dans leur bulletin de liaison. En même temps s'ajoute un volet de vulgarisation avec des activités pour les enseignants, du matériel d'enrichissement pour les écoles et des activités pour le public, dont des conférences et des expositions.

Au pays, le Centre de recherches mathématiques [CRM] participe à trois grands programmes. Le premier, pancanadien, est axé sur l'épidémiologie, l'écologie et la santé publique; le deuxième, international, porte sur la mécanique céleste et les mouvements planétaires; le troisième, à l'échelon du CRM seulement, s'intéresse à la biodiversité et à l'évolution.

Le CRM propose également plusieurs grandes conférences publiques, dont «Les ponts de Königsberg, les digues de Hollande et la chute de Wall Street» en mai à l'occasion des 24 heures de science et «La prévision des grandes catastrophes» en septembre.

Des numéros spéciaux des magazines mathématiques Accromath (québécois) et Pi in the Sky (Ouest canadien), destinés aux élèves du secondaire, paraitront en outre à la fin février.