Les sportifs l'emportent sur les universitaires dans un test d'activité cérébrale!

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  • Le 4 février 2013

Des équipes de la Ligue nationale de hockey mais aussi des équipes de soccer comme le Manchester United s'intéressent aux travaux de Jocelyn Faubert. (Image: iStockphoto)Jocelyn Faubert, professeur à l'École d'optométrie de l'Université de Montréal, a l'habitude de causer l'étonnement et la conclusion des travaux auxquels il fait écho dans le Scientific Reports (une publication de Nature Publishing Group) n'y fait pas exception: les athlètes professionnels, dit-il, sont plus intelligents que les universitaires... pour l'analyse visuelle de scènes complexes.

 

«Les athlètes professionnels ont des aptitudes hors du commun pour maitriser des scènes complexes dynamiques neutres, c'est-à-dire exemptes du contexte de jeu auquel ils sont habitués», résume le professeur. Cela pourrait être dû à l'épaisseur accrue du cortex observée dans certaines parties de leur cerveau.

M. Faubert a fait passer des tests à trois groupes de personnes, soit 102 athlètes professionnels, 173 athlètes amateurs de haut niveau et 33 étudiants d'université. Ces personnes ont pris place dans une voute virtuelle commercialisée sous le nom de NeuroTracker.

Il s'agissait pour chaque sujet d'observer huit balles qui se déplacent de façon aléatoire, d'en suivre quatre et, au terme d'un ballet de huit secondes, de dire lesquelles avaient bougé. On peut ainsi faire une nette distinction entre les habiletés athlétiques du sujet et ses aptitudes cérébrales. La vitesse du test s'accélère progressivement, il en résulte un entrainement qui permet à l'athlète de rehausser ses capacités perceptives et cognitives et de faire une lecture du jeu plus rapide dans l'action.

La voute d'immersion du professeur Faubert où le NeuroTracker a vu le jour a accueilli beaucoup plus de gens vieillissants que de sportifs.«Nous avons constaté que le deuxième groupe affiche une capacité d'apprentissage beaucoup plus grande que le troisième groupe et que le premier groupe se révèle très supérieur au deuxième. La différence réside dans la plasticité cérébrale ou, si vous préférez, la capacité d'apprendre une tâche; le test augmente en rapidité et en complexité et les courbes d'apprentissage se démarquent de façon spectaculaire. C'est le cerveau qui travaille, pas l'œil!»

Le NeuroTracker est devenu un outil d'entrainement d'une redoutable efficacité, car il permet d'optimiser les capacités perceptives et cognitives de l'athlète. Autrement dit, il aiguise sa lecture du jeu dans le feu de l'action. Dans un environnement où la vitesse et la complexité s'accroissent, les professionnels enregistrent des progrès bien plus marqués que les athlètes amateurs. À quand la salle de jeux vidéos dans les vestiaires?

Cet outil d'entrainement a suscité l'enthousiasme notamment auprès du Manchester United, la plus célèbre équipe sportive au monde, tous sports confondus.

«Quand j'ai reçu un courriel du Manchester United, j'ai demandé qui était cette organisation, avoue Jocelyn Faubert. Il y avait autour de moi des chercheurs et des doctorants venus d'Europe, ils en avaient la mâchoire décrochée! Il a fallu faire des vérifications pour authentifier l'origine du message tellement c'était énorme.» Petit velours pour M. Faubert: «C'est le Manchester United qui est venu frapper à ma porte!»

Aujourd'hui, Jocelyn Faubert est un habitué du vestiaire de l'équipe et il est également en relation avec les clubs anglais de football Everton et Arsenal, sans parler des Penguins de Pittsburgh, des Canucks de Vancouver, des Sénateurs d'Ottawa, du Stade Toulousain (rugby) et de quelques généraux de l'armée américaine.

De qui viendra le prochain appel: de Steven Spielberg? du grand patron de la NASA? Une chose est sure: la science de Jocelyn Faubert dépasse la fiction.

Richard Chartier
Collaboration spéciale