Érudit: une solution au désir de contrôle des grands éditeurs

  • Forum
  • Le 11 février 2013

  • Daniel Baril

Tanja Niemann attribue le succès d'Érudit au fait que la plateforme offre aux bibliothèques des abonnements à une masse critique de revues, ce qui leur évite de faire affaire avec 150 éditeurs.La plateforme Érudit, créée à l'Université de Montréal en 1998 pour augmenter la diffusion des publications électroniques en sciences humaines et sociales, a atteint un rayonnement international important pour devenir un site incontournable pour toute recherche documentaire francophone dans quelque domaine que ce soit des sciences humaines et de la culture.

 

Mis en place par Gérard Boismenu autour de cinq revues savantes électroniques publiées par Les Presses de l'Université de Montréal, le service de diffusion a évolué pour donner naissance, en 2004, à un consortium formé de l'UdeM, de l'UQAM et de l'Université Laval. Son développement s'est poursuivi depuis et Érudit donne aujourd'hui accès à près de 130 revues savantes et culturelles, une trentaine de volumes universitaires, 43 000 thèses provenant de cinq universités québécoises, 3200 rapports et autres documents de 34 centres de recherche et de nombreux actes de colloques.

En tout, plus de 200 000 documents sont ainsi répertoriés et archivés, dont près de 95% sont en accès libre.

«La mission d'Érudit demeure toujours de diffuser les résultats de la recherche francophone en sciences humaines, rappelle Tanja Niemann, directrice du consortium hébergé à l'UdeM. De 80 à 90% de nos documents sont en français, le reste étant en diverses autres langues.»

De nombreuses ententes de partenariat avec des agrégateurs et des bases de données partout dans le monde ont été conclues afin de faciliter cette diffusion et d'élargir les collections rendues accessibles. Entre 2009 et 2012, la fréquentation canadienne du site a crû de 54% et la fréquentation internationale de 65%. Pour la seule année 2012, Érudit a enregistré quelque sept millions de visites, dont les deux tiers de l'étranger. La plateforme s'avère donc un outil de diffusion de première importance pour la recherche québécoise au sein de la francophonie mondiale.

«Le succès d'Érudit est dû en partie au fait que nous pouvons offrir aux bibliothèques des abonnements à une masse critique de revues, ce qui leur évite de devoir faire affaire avec 150 éditeurs», souligne Mme Niemann. Les chercheurs profitent de ce même avantage et peuvent avoir accès à 200 000 documents à partir de la même plateforme.

Assurer la pérennité et le libre accès

Érudit ne fait pas que rediriger les visiteurs vers chacun des sites des divers éditeurs. Sauf pour les thèses qui sont déjà hébergées par les universités concernées, Érudit offre un service de production de fichiers numériques en XML, de diffusion et de référencement des collections en se basant sur des standards internationaux.

«Le passage au numérique n'est pas toujours simple, reconnait la directrice. Nous travaillons en étroite collaboration avec les revues afin de les aider à opérer harmonieusement ce passage et d'optimiser les possibilités qu'offre une diffusion sur le Web.»

Une indexation fine permet une recherche par types de documents, par titres de revues, par auteurs ou par thèmes à l'intérieur du texte intégral.

Érudit mise par ailleurs sur un accès libre aux documents tout en respectant un délai de deux ans lorsque les revues en font la demande pour assurer leur viabilité économique.

Étant donné que 95 % des documents indexés sont ainsi en libre accès, «Érudit représente une solution de remplacement dans un milieu en ébullition où les grands éditeurs commerciaux cherchent à dicter les règles d'accès et à dominer le marché, affirme Tanja Niemann. Les travaux de recherche que nous diffusons ont déjà été financés par les fonds publics et il est important que le milieu universitaire garde le contrôle sur la diffusion de cette recherche.»

Lorsque Érudit vend un abonnement à une bibliothèque, près des trois quarts des revenus générés sont retournés à la revue. Les frais de gestion prélevés par Érudit ne servent qu'à payer les couts directs de fonctionnement du service. Érudit bénéficie aussi des contributions des trois universités membres du consortium et du financement ponctuel d'organismes subventionnaires.

La directrice déplore toutefois que le financement public des installations de diffusion de la recherche ne soit ni suffisant, ni récurrent, ni assuré alors que le service doit gérer une croissance constante. «Malgré des moyens modestes, nous avons réussi à mettre en place une plateforme incroyable en vue de maintenir un accès libre. Il faut préserver cet atout», insiste-t-elle.

Daniel Baril