Santé publique: le nécessaire dialogue en cas de crise grave

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  • Le 18 février 2013

L'accident nucléaire de Fukushima a soulevé des problématiques inédites de santé publiqueÀ son huitième colloque le 13 février, l'Association des étudiantes et étudiants en santé publique de l'Université de Montréal (AEESPUM) avait choisi d'ausculter «l'importance de la multidisciplinarité dans la santé publique» en l'illustrant notamment par l'accident nucléaire de Fukushima survenu au Japon en 2011.

 

Ces étudiants de trois départements de l'École de santé publique qui s'essayaient à l'organisation d'une conférence scientifique ont relevé le défi grâce à la qualité des intervenants et au rythme imprimé à cette journée. Des présentations claires, accessibles, agrémentées de communications d'étudiants et de chercheurs sur leurs travaux scientifiques, ont circonscrit le thème de la journée, qui voulait mettre la santé publique «au centre des savoirs».

Devant une cinquantaine d'étudiants, de chercheurs et de professionnels de la santé, la table ronde sur la gestion de l'accident nucléaire de Fukushima a permis de synthétiser tous les enjeux soulevés par le thème du colloque. Deux médecins ayant joué un rôle au moment de cette grave crise qui a inquiété le monde entier en juin 2011 ont débattu pour en venir au même constat: «Le dialogue est indispensable non seulement entre scientifiques, mais aussi avec les gouvernements et avec le public.»

«La communication entre nous est la première étape et elle n'est pas forcément simple. On doit parler un langage clair, commun, en se demandant si tous les acteurs de la santé publique se comprennent les uns les autres. Un physicien nucléaire et un médecin n'utilisent pas nécessairement les mêmes mots. On doit prendre le temps d'instaurer cette compréhension mutuelle», a souligné Lysanne Normandeau, physicienne et chef du service de radioprotection au CHUM.

L'équipe de l'AEESPUM qui a organisé le colloque: Johanne Fabre, présidente; Marjory Moreau et Ariane Adam-Poupart, du comité scientifique; Anne Sophie Dubé, du comité de la publicité; Charlotte Guzman, du comité de la logistique; Laure-Élise Forel et Jennifer Yu, des comités de la publicité et de la logistique; et Abdelouahed Mrabti.

«Un message cohérent et honnête»

Les médias ont beaucoup fait appel à ce membre du comité consultatif de la Commission canadienne de sûreté nucléaire lors de l'accident de Fukushima: «On a pu mesurer que les journalistes et le public étaient bien mieux renseignés qu'il y a encore quelques années. Les questions étaient pertinentes, ils savaient ce qu'est un millisivert. Cela signifie que le travail de vulgarisation fonctionne même s'il reste encore du chemin à faire quant à l'explication des radiations et de leurs effets sur la santé.» La physicienne a ainsi rappelé la «panique» qui s'est emparée d'une partie de la population à Vancouver et même à Montréal: «Il a fallu rassurer les gens qui réclamaient de l'iode en délivrant des messages simples mais vrais.»

Des messages adressés à la population qui reposent sur un nécessaire rapport de confiance. Le Dr Michel Savard, médecin-conseil à la Direction de santé publique des Laurentides, a insisté sur ce point: «On doit effectivement beaucoup dialoguer entre spécialistes, avec les politiciens aussi, pour trouver un message commun, précis, cohérent et honnête. Si les gens perçoivent cette transparence, ils auront confiance. On doit encore avancer pour outiller la population, l'informer davantage.»

Très sollicité lors de l'accident de Fukushima entre autres pour aider des Québécois installés au Japon, Michel Savard considère que cette crise comme celle du virus H1N1, de la grippe aviaire ou du SRAS ont légué des «leçons à retenir»: «L'autorité de santé publique est investie d'un mandat légal d'information. C'est notre degré de crédibilité qui est en jeu. La manière dont nous faisons face à ces crises doit nous aider à nous préparer à un éventuel problème d'une autre nature.»

Le Dr Claude Viau, directeur de l'Institut de recherche en santé publique de l'UdeM, lui aussi invité au débat, a voulu tracer quelques perspectives: «On peut travailler dans nos activités de formation à un cours sur la gestion des risques, sur la vulgarisation scientifique. Il est possible de vulgariser de façon très rigoureuse en faisant appel à l'intelligence des gens.»

Le succès du colloque et la richesse des échanges et des présentations pourraient amener l'équipe de l'AEESPUM à publier une partie des actes.

Frédéric Berg
Collaboration spéciale

 

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