Les PME sont bien outillées pour séduire la génération Y

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  • Le 25 février 2013

  • Marie Lambert-Chan

Les jeunes apprécient les contacts avec la direction de l’entreprise. (Image: iStockphoto)On le répète depuis plusieurs années: la génération Y bousculera le monde du travail. Alors que la main-d'œuvre se raréfie en raison des départs massifs à la retraite, les employeurs font des pieds et des mains pour attirer et retenir ces travailleurs qui sont branchés, scolarisés, exigeants et confiants dans leurs capacités ainsi que d'ardents défenseurs d'une vie équilibrée.

 

Dans cette course, les petites et moyennes entreprises (PME) pourraient bien avoir une certaine longueur d'avance, car elles ont des qualités qui répondent aux valeurs des Y. «Encore faut-il qu'elles intègrent davantage la gestion des ressources humaines à leurs pratiques», précise Mélanie Brunette.

Cette diplômée en relations industrielles de l'Université de Montréal a analysé les pratiques d'attraction et de rétention de la génération Y dans les PME au cours de ses études de maitrise. Après avoir interviewé les dirigeants de quatre compagnies du domaine de la construction et 16 de leurs employés âgés de 18 à 34 ans, elle a découvert que les PME constituent un environnement de travail intéressant pour les travailleurs de cette génération.

Mélanie Brunette«Les PME offrent des conditions de travail, des salaires et des avantages sociaux souvent inférieurs à ce qu'on trouve dans les grandes entreprises. Toutefois, il est plus facile pour les travailleurs de la génération Y de s'y intégrer, par exemple en participant à des comités d'activités sociales ou de santé et sécurité au travail. Au sein d'une PME, ils sont souvent appelés à avoir des responsabilités variées, ce qui n'est pas le cas dans les grosses boites, où les définitions de tâches sont plus rigides. Cela répond à leur besoin de créativité, d'innovation et de reconnaissance. Les contacts avec la direction sont aussi plus fréquents. Cela plait aux Y», explique celle qui a quitté les bancs de l'université l'automne dernier et qui est maintenant consultante en ressources humaines pour la firme-conseil C.C. Consultants.

Selon ses résultats, la principale source d'attraction et de rétention des Y dans les PME est la qualité des relations avec les collègues et les supérieurs. «J'aurais beau gagner 100 000 $ de plus, si l'ambiance est pourrie et que je ne me sens pas bien, je vais lâcher le million et aller voir ailleurs», témoigne un employé. Plusieurs ont souligné «l'esprit de famille ou de groupe» et le «côté chaleureux» des PME.

La communication constante, la liberté dans la gestion du temps et des méthodes de travail, la conciliation entre le travail et la vie personnelle, les défis multiples, les possibilités d'avancement, la gestion des ressources humaines socialement responsable, la reconnaissance des compétences ainsi que la gestion participative sont autant de facteurs auxquels les Y sont très sensibles.

Le mémoire de Mélanie Brunette révèle aussi que la présence de technologies de l'information et de la communication et la formation continue sont des sources plus faibles d'attraction et de rétention de la jeune main-d'œuvre.

Anticiper le changement

Bien que leur entreprise possède plusieurs avantages compétitifs, certains dirigeants des PME ciblées par la recherche de Mélanie Brunette se disent dépassés par l'arrivée des Y dans leur compagnie. «Ils veulent connaitre les objectifs, savoir où l'on s'en va... On est moins habile là-dedans. On se demande pourquoi ils veulent savoir ça alors que ça fait six mois qu'ils sont ici», confie l'un d'entre eux.

Les ajustements sont inévitables : «Une des choses qui a le plus changé, c'est l'histoire d'aller travailler à la maison et d'avoir des horaires variables, raconte un employeur. On était pas mal rigide et, si ça ne faisait pas ton affaire, tu n'avais qu'à partir. Avec le temps, on voit que ça a du bon sens et on s'est adapté.»

«Pour le moment, la plupart des PME ne mettent pas en place de mesures pour anticiper ces changements, remarque Mélanie Brunette. Elles y réagissent plutôt. C'est normal, puisque la gestion des ressources humaines s'opère généralement de façon informelle dans les PME.»

Mais si elles tardent à concevoir des stratégies pour attirer les travailleurs de la génération Y, «elles risquent de voir partir les babyboumeurs avant que ceux-ci aient pu transmettre leurs connaissances aux recrues», observe-t-elle.

Selon Mélanie Brunette, les dirigeants de PME doivent tabler sur la communication et la flexibilité. «Cette génération restera dans l'entreprise si elle se sent écoutée et si on lui offre des conditions de travail souples, comme la possibilité d'avoir des horaires variables.»

Marie Lambert-Chan