Lire pour contrer le décrochage scolaire

  • Forum
  • Le 25 février 2013

  • Dominique Nancy

«La qualité de l'expérience scolaire des élèves constitue l'un des plus puissants prédicteurs du décrochage», selon le professeur Michel Janosz.Les difficultés en lecture, en écriture et en mathématiques dès la première année du primaire sont un indicateur de risque de décrochage scolaire au secondaire. C'est ce qui ressort de l'étude réalisée par des chercheurs du Groupe de recherche sur les environnements scolaires (GRES) de l'Université de Montréal et rendue publique récemment par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ).

 

Michel Janosz, Isabelle Archambault, Sophie Parent et Linda Pagani, tous professeurs à l'École de psychoéducation de l'UdeM et chercheurs au GRES, ainsi que Sophie Pascal, du GRES, et Luc Belleau, de l'ISQ, se sont intéressés aux trajectoires qui, pendant la petite enfance, conduisent au succès ou à l'échec durant le parcours scolaire.

Leur principale conclusion? «Il faut se concentrer sur ces missions premières de l'apprentissage que sont la lecture, l'écriture et les mathématiques, en misant sur l'engagement scolaire si l'on veut favoriser la poursuite des études», affirme Michel Janosz, qui a dirigé l'équipe de recherche ayant entrepris cette étude d'envergue intitulée Les élèves du primaire à risque de décrocher au secondaire: caractéristiques à 12 ans et prédicteurs à 7 ans.

Fondés sur les données de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec, conduite par l'ISQ auprès d'un échantillon de 2120 enfants nés en 1997-1998, les résultats des chercheurs révèlent que 15 % des enfants de l'échantillon sont à risque de décrochage scolaire à l'âge de 12 ans; seulement la moitié d'entre eux (7 %) présenteraient des lacunes sur le plan de la discipline en classe.

Autre surprise: les difficultés en français (lecture et écriture) seraient un indicateur de risque aussi important que le statut socioéconomique de l'enfant. Ces difficultés sont déjà perceptibles chez plusieurs dès l'âge de sept ans.

Parmi les autres facteurs de risque, les chercheurs constatent un faible engagement à l'école, des problèmes d'attention, une motivation et un sentiment de compétence moindres, des relations conflictuelles avec les enseignants et des interventions fréquentes liées au rendement scolaire. «Étant donné la nature du problème, il n'est pas étonnant de constater que la qualité de l'expérience scolaire des élèves constitue l'un des plus puissants prédicteurs du décrochage», note M. Janosz.

Plus de garçons

La proportion de jeunes Québécois ne possédant pas de diplôme d'études secondaires à l'âge de 20 ans s'élève actuellement à 26 %. Le problème est plus marqué chez les garçons, alors que le taux de non-diplomation atteint 32 %, selon les dernières données de l'ISQ. Un phénomène hautement préoccupant, aux yeux de Michel Janosz. «Les jeunes qui quittent l'école se trouvent confrontés à un marché du travail exigeant et compétitif, où l'absence de diplôme constitue un désavantage sérieux.»

«L'objectif de notre étude, poursuit le professeur, était double. On voulait d'abord décrire les caractéristiques individuelles, familiales et sociales d'élèves québécois qui, à 12 ans, présentent des signes avant-coureurs de décrochage. Ensuite, on désirait cibler les facteurs qui, dès 7 ans, sont annonciateurs de ces difficultés.»

Pour y parvenir, les chercheurs ont d'abord classé les élèves à risque à l'aide d'un indice de prédiction du décrochage sur la base des informations recueillies auprès des jeunes alors qu'ils terminaient leurs études primaires. Ensuite, s'inspirant de la typologie du professeur Janosz (voir l'encadré), ils ont divisé les élèves à risque en deux groupes suivant qu'ils se disaient indisciplinés ou pas à l'école.

Leur analyse confirme qu'il y a proportionnellement plus de garçons que de filles dans le groupe des élèves à risque avec indiscipline. Les proportions ne diffèrent toutefois pas de façon significative selon les genres parmi les élèves à risque sans indiscipline.

Dominique Nancy


 

Votre ado est-il un décrocheur discret,
désengagé, sous-performant ou inadapté?

Environ 40 % des décrocheurs n'ont pas de problème de comportement, selon Michel Janosz. Ces «décrocheurs discrets», comme les nomme le professeur de l'École de psychoéducation, ont même un niveau d'engagement élevé à l'école.

«Ils s'apparentent aux élèves diplômés, dit-il, sauf que leur rendement scolaire est faible. Étant donné que ces élèves ne sont pas en situation d'échec et qu'ils ne manifestent aucun problème d'ordre comportemental, ils sont rarement reconnus comme des jeunes à risque de décrocher de l'école.»

Spécialiste en prévention du décrochage scolaire, Michel Janosz a élaboré une typologie des décrocheurs selon leur statut réel (décrocheur ou diplômé) à 22 ans et leur perception de trois caractéristiques scolaires à 13 ans, soit le rendement, l'engagement et l'indiscipline. Quatre types de décrocheurs ont ainsi été définis: les discrets, les désengagés, les sous-performants et les inadaptés.

Comme on pouvait s'y attendre, les décrocheurs inadaptés, qui se différencient par leur haut degré d'inadaptation et d'indiscipline scolaire, ont le profil psychosocial le plus négatif de tous les élèves à risque de décrochage. Ils représentent environ 40 % de la population des décrocheurs. Les désengagés et les sous-performants constituent chacun 10 % des décrocheurs. Ce sont les discrets, qui passent pour des anges comparativement aux décrocheurs inadaptés, qui composent étonnamment l'autre forte proportion des décrocheurs, soit 40 %.

«Les élèves qui décrochent ne forment pas un groupe homogène sur le plan psychosocial ou scolaire et il est essentiel de considérer cet aspect dans la mise en place de programmes de prévention ciblés et efficaces», souligne M. Janosz. Le classement qu'il a élaboré devrait permettre de mieux désigner les élèves à risque de décrochage et de soutenir les efforts de prévention.

D.N.