Un espoir pour les chats atteints d'arthrose

  • Forum
  • Le 25 février 2013

Durant le traitement, les chats ont tous retrouvé le gout de l’activité physique. (Photo: Marco Langlois)Votre chat refuse désormais les caresses, lui qui les sollicitait volontiers il n'y a pas si longtemps? Peut-être souffre-t-il d'arthrose, une maladie qui touche 80 % des chats âgés de 11 ans et plus. C'est ce qu'a constaté une équipe de chercheurs regroupés autour du Dr Éric Troncy, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.

 

Non seulement le Dr Troncy et le Groupe de recherche en pharmacologie animale du Québec (GREPAQ) ont trouvé une manière de diagnostiquer cette maladie que le chat réussit très bien à cacher, mais ils ont aussi passé les chats au sein d'une véritable plateforme d'évaluation pour conclure que l'administration d'un anti-inflammatoire, le méloxicam, pendant quatre semaines pouvait réduire la douleur à différents degrés. Ils ont testé différentes posologies, toutes concluantes, même les plus basses, et conclu qu'à la dose la plus élevée uniquement les chats continuaient à bénéficier des effets antidouleurs pendant au moins cinq semaines après l'arrêt du traitement. Contrairement à ce qui se passe chez les chiens, les médicaments pour réduire l'inflammation à long terme n'avaient pas été probants jusqu'à ce jour chez le chat, en raison des effets secondaires importants, notamment la difficulté d'éliminer le médicament. «Nous avons trouvé un médicament et une dose que les chats peuvent métaboliser sans souci», résume le Dr Troncy.

Éric TroncyLes chercheurs ont étudié 120 chats, dont 39 qui souffraient d'arthrose. Pour ce faire, ils ont établi un système d'évaluation qui cible la douleur des animaux, en scrutant leur démarche (analyse cinétique), en mesurant leur degré d'activité quotidienne et en quantifiant leur sensibilité au toucher.

La fréquence de l'hypersensibilité au toucher chez les chats arthrosiques est de 30 %, une proportion semblable à ce qui est observé chez les hommes et les femmes atteints d'arthrose, signale le Dr Troncy. Chez les chats, le toucher est resté problématique même après une prise de médicaments. «Pensez au fait de vous mettre un chandail sur la peau après avoir subi un gros coup de soleil», remarque le chercheur. Pas facile, donc, de surmonter cette hypersensibilité, même chez humain qui souffre d'arthrose. En revanche, durant le traitement, les chats ont tous retrouvé le gout de l'activité physique et celui, souvent perdu, de se percher, voire de monter sur le lit de leurs propriétaires.

La douleur chronique non atténuée cause en effet des limitations fonctionnelles en plus de contribuer à l'apparition de troubles du comportement et à la perte du lien entre l'animal et son propriétaire, ce qui mène parfois à l'euthanasie ou à l'abandon du chat. «Nos travaux sur le chat nous permettent de mieux caractériser la maladie arthrosique, et son analogie avec la situation vécue par l'être humain nous interpelle», dit le Dr Troncy. Mieux, cette étude est au centre du dossier d'homologation du premier traitement à long terme de la douleur secondaire de l'arthrose féline auprès de l'Agence européenne du médicament.

«Nous travaillons actuellement à quantifier plus précisément cette hypersensibilité dans l'espoir de tester des médicaments efficaces contre elle, rend compte le professeur. Nous sommes confiants ainsi d'améliorer le confort des chats atteints d'arthrose et... de leurs propriétaires, car il y a fort à parier que des médicaments validés chez le chat le deviendront chez l'humain.» De plus, son équipe collabore à l'étude américaine qui conduira à l'homologation prochaine du méloxicam chez le chat arthrosique par la Food and Drug Administration. Les chats arthrosiques canadiens pourront alors eux aussi en bénéficier.

Le Dr Troncy tient à souligner la collaboration précieuse de l'Unité de recherche en arthrose du Centre de recherche du CHUM (les Drs Jean-Pierre Pelletier et Johanne Martel-Pelletier) ainsi que le rôle central des doctorants Martin Guillot et Maxim Moreau, et de toute l'équipe du GREPAQ, dans la réalisation de ces travaux.