Un test de personnalité prédit les problèmes de certains adolescents

  • Forum
  • Le 25 février 2013

  • Marie Lambert-Chan

Les jeunes impulsifs auront tendance à gouter à tout ce qui leur tombe sous la main et ceux qui entretiennent des pensées négatives feront davantage appel à des analgésiques. (Photo: iStockphoto)«J'aimerais sauter en parachute.» «J'agis généralement sans m'arrêter pour réfléchir.» «J'aime faire des choses qui m'effraient un peu.» En soumettant 23 énoncés aussi simples que ceux-là à un adolescent de 13 ans, on est en mesure de prédire de façon fiable s'il risque de vivre des problèmes de consommation ou de santé mentale 18 mois plus tard. Et ce, sans jamais mentionner la drogue ou l'alcool.

Cet outil, baptisé SURPS (pour Substance Use Risk Profile Scale), est la création de chercheurs de l'Université de Montréal. Son efficacité a été testée de nombreuses fois au Canada, en Grande-Bretagne, en Chine, au Sri Lanka et aux Pays-Bas. Le questionnaire cherche à cibler quatre traits de caractère chez les jeunes : la sensibilité à l'anxiété, les pensées négatives, l'impulsivité ou la recherche de sensations fortes.

L'ensemble des résultats atteints permet de désigner dans un groupe de 72 à 91 % des adolescents à risque. L'examen plus approfondi de chaque profil de personnalité précise davantage les problèmes susceptibles de surgir. Par exemple, 85 % des jeunes qui ont obtenu des scores élevés dans la sous-échelle évaluant l'impulsivité ont rapporté de graves problèmes de comportement 18 mois plus tard. Il est trois fois plus probable qu'ils consomment fréquemment de la drogue comparativement à leurs pairs qui présentaient de faibles résultats dans tous les profils de personnalité.

«Nous avons mis à plusieurs reprises le SURPS à l'épreuve, mais c'est la première fois que nous confirmons sa fiabilité à diagnostiquer de futurs problèmes», explique Natalie Castellanos-Ryan, postdoctorante au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal et au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.

La personnalité, un indicateur de choix

Publiés dans le journal Alcoholism: Clinical and Experimental Research, ces résultats sont tirés de l'étude Adventure. Cette enquête a été menée pendant deux ans auprès de 1162 élèves londoniens âgés d'environ 13 ans. Elle était pilotée par la chercheuse Patricia Conrod, qui travaille également au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.

En comparaison des jeunes qui obtenaient de faibles résultats dans tous les profils de personnalité, on a découvert que ceux qui avaient un score plus haut dans la sous-échelle des pensées négatives couraient cinq fois plus de risques de souffrir de symptômes de dépression 18 mois plus tard. Même scénario pour les adolescents ayant un pointage élevé du côté de la recherche de sensations fortes: ils étaient deux fois plus à risque de consommer souvent de la drogue.

Natalie Castellanos-Ryan«Nous avons entre les mains un excellent outil de dépistage, car il parvient à repérer un grand nombre d'adolescents à risque tout en évitant de brusquer ces derniers en posant des questions trop directes sur leurs habitudes de consommation», affirme Mme Castellanos-Ryan, première auteure de l'étude.

Selon elle, la personnalité se révèle un indicateur étonnant. «Ainsi, elle influence le choix des drogues. Les plus impulsifs gouteront à tout ce qui leur tombe sous la main. Ceux qui entretiennent davantage de pensées négatives feront appel à des analgésiques. Ces profils de personnalité peuvent même déterminer les réactions physiques provoquées par l'ingestion de ces substances. Après avoir consommé une certaine quantité d'alcool, les plus sensibles à l'anxiété verront leur rythme cardiaque s'abaisser, tandis que ceux qui sont surtout à la recherche de sensations fortes verront le leur augmenter.»

Intervention en milieu scolaire

Le SURPS est lié à une méthode d'intervention efficace pour éviter la consommation précoce d'alcool et de drogues.

«Nous formons les professeurs afin qu'ils puissent intervenir auprès de leurs élèves au cours de deux brèves séances, informe Mme Castellanos-Ryan. Avec les jeunes les plus à risque désignés par le SURPS, ils discuteront de leurs profils de personnalité et de différentes façons de gérer les problèmes qui leur sont associés. Bref, les élèves apprennent à mieux se connaitre. Et on fait tout cela en abordant très peu le sujet des drogues et de l'alcool.»

Le SURPS et le manuel d'intervention ont été traduits en français et validés. On les a distribués dans 32 écoles de la région montréalaise, où des enseignants sont actuellement formés pour intervenir auprès des élèves. Le projet réunira quelque 5000 jeunes qui seront suivis pendant cinq ans.

Marie Lambert-Chan