Une chercheuse analyse le succès médiatique de «Sex and the City»

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  • Le 25 février 2013

  • Marie Lambert-Chan

Samantha, Carrie, Miranda et Charlotte dans une scène du deuxième film tiré de la célèbre série téléviséeLa série télévisée Sex and the City a marqué d'une pierre blanche l'histoire du petit écran américain en devenant la toute première à mettre en scène des femmes discutant de leur vie sexuelle dans les moindres détails.

 

Primée à plusieurs reprises et consacrée par le Times comme l'une des 100 meilleures séries de tous les temps, elle a été portée au grand écran à deux reprises, en 2008 et 2010, engrangeant des centaines de millions au box-office. Quel est le secret de ce phénomène culte? La relation privilégiée qui s'est établie au fil du temps entre le public et les personnages, croit Viviane Couto.

«Cette série a mis en place des mécanismes susceptibles d'instaurer une intimité entre les personnages et le public qui, en quelque sorte, devenait la cinquième amie du groupe formé de Carrie, Samantha, Charlotte et Miranda. Ces quatre femmes présentaient par ailleurs des personnalités auxquelles toutes les femmes pouvaient s'identifier. Cette relation s'est poursuivie au cinéma, surtout dans le premier film, qui est pour ainsi dire un épisode supplémentaire de la série. Cela fait de Sex and the City l'une des très rares franchises à avoir réussi autant sur le petit que sur le grand écran», explique la doctorante en études cinématographiques à l'Université de Montréal.

Viviane CoutoViviane Couto a consacré son projet de maitrise à la célèbre série qui relate les péripéties de quatre amies trentenaires et célibataires vivant à New York. «À ma connaissance, personne ne s'est penché scientifiquement sur le succès médiatique de Sex and the City en établissant le rôle crucial de la relation entre le téléspectateur et le personnage, tant au Canada qu'aux États-Unis», déclare-t-elle.

Elle a analysé 5000 commentaires de mordues tirés de sites Internet, de blogues et de pages Facebook consacrés à la série. Selon ses observations, Sex and the City suscite la participation affective du public grâce à cinq fonctions sociales: la fonction de rêve, la fonction de conseil, la fonction d'exemple, la fonction communautaire et la fonction mimétique.

Le rêve est une représentation idéalisée de la vie, ce que symbolise cette émission pour plusieurs admiratrices. La fonction de conseil, elle, se trouve dans presque tous les épisodes lorsque les personnages donnent leur avis sur des aspects de la vie amoureuse ou professionnelle des unes et des autres.

Pour certaines téléspectatrices, les personnages deviennent des modèles à suivre. C'est la fonction d'exemple. «J'ai lu le témoignage d'une inconditionnelle qui a déménagé à New York pour devenir journaliste comme le personnage principal, Carrie Bradshaw», rapporte Viviane Couto.

Les personnages de la série sont hauts en couleur et commettent des actes parfois choquants, surtout dans le cas de la débridée Samantha. «C'est là qu'intervient la fonction communautaire: le public évalue moralement ce que font les héroïnes», mentionne Mme Couto.

Enfin, la fonction mimétique est l'identification par la ressemblance. «Les créateurs de la série ont réuni des traits de caractère dans quatre personnages auxquels toutes les femmes peuvent s'identifier, même de loin», estime la doctorante.

La femme postmoderne idéale

Sex and the City est aussi devenue un phénomène de masse en raison de son habileté à combiner des sujets récurrents dans l'univers féminin de la consommation à l'intérieur du quotidien de Carrie Bradshaw. «Elle personnifie l'idéal type de la femme postmoderne, signale Viviane Couto. Elle est libre, indépendante, dépense son argent comme elle l'entend, vit librement sa sexualité, fréquente le gym, les cours de yoga, les grands magasins, les restaurants cotés... Ce sont tous des sujets qui sont traités dans les magazines féminins et plusieurs femmes aspirent à cette vie.»

Mais Carrie Bradshaw demeure une héroïne classique qui, au final, souhaite trouver le grand amour, remarque la chercheuse. C'est ce qu'elle appelle le double jeu, une tactique qui a permis à la série de cibler le plus grand public féminin possible. «Malgré le refus de faire du mariage leur principal objectif, les personnages confirment leur désir d'avoir un homme fort et déterminé à leurs côtés, de fonder une famille et de faire partie du monde des “couples heureux”. Ce phénomène de masse est devenu le porte-drapeau de la femme postmoderne qui a déjà les mêmes droits que les hommes, mais qui ne renonce pas pour autant à l'amour romantique», conclut Viviane Couto.

Marie Lambert-Chan

 

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