Le fabuleux destin de Larry Tremblay

Larry Tremblay a un parcours atypique qui lui a permis de se déployer dans plusieurs sphères.Un trentenaire asocial et timide sauve, des griffes des quatre cavaliers de l'Apocalypse, un travesti laissé à moitié mort et empalé dans un cimetière. S'ensuit une histoire complètement tordue, où le sauveur se transforme en bourreau et où la victime prend finalement les traits du Christ.

 

Déstabilisant à souhait, le roman Le Christ obèse met en scène un huis clos aux accents hitchcockiens qui remet en question notre rapport avec le catholicisme.

Son auteur, Larry Tremblay, est l'un de nos dramaturges les plus importants. Réputé pour ses pièces de théâtre The Dragonfly of Chicoutimi et Cantate de guerre, l'auteur obtient enfin, avec ce quatrième roman, sa juste reconnaissance comme romancier. Ce suspense de 160 pages fait partie des cinq finalistes du Prix littéraire des collégiens, dont le lauréat sera dévoilé le 12 avril prochain. «C'est certainement mon roman qui marche le plus», confie Larry Tremblay dans une entrevue à Forum.

Pourtant, dans le style romanesque, il n'en est pas à ses premières armes. En 2003, son roman Le mangeur de bicyclette a été finaliste du Prix du Gouverneur général du Canada, alors que quelques années plus tard il devient l'un des rares auteurs québécois à paraitre dans la collection Blanche, de Gallimard, avec son recueil de récits Piercing.

Malgré ce bagage, sa réputation de dramaturge porte ombrage à son travail de romancier. Mais qu'importe. Larry Tremblay n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort. D'autant plus qu'il engrange, depuis deux décennies, des succès qui atteignent un vaste public au théâtre. À l'occasion de la Francofête de l'UdeM, le dramaturge, romancier et acteur fera un retour sur sa prolifique carrière au cours d'une rencontre avec le public le 14 mars à 12 h au pavillon du 3200–Jean-Brillant.

De l'Inde à Broadway?

Larry Tremblay nait à Chicoutimi en 1954. Dès 9-10 ans, il connait déjà sa future vocation: écrivain. Pourtant, à la maison, on lit peu. «On n'était pas riches, mais ma mère a accepté, une seule année, de m'abonner à un club de livres. C'est ce qui m'a permis, très jeune, de m'initier aux grands auteurs comme Hugo et Balzac», se remémore-t-il.

Bien que le Québec émerge tout juste de la Grande Noirceur, le jeune Larry ne sent aucune oppression. «Mes parents me laissaient faire ce que je voulais. Jamais ils ne me faisaient de remontrances», dit-il. Pourtant, les occasions ne manquent pas de le rappeler à l'ordre. À 19 ans, il part en Europe pendant cinq mois, sans un sou, mais avec une machine à écrire sous le bras. À son retour, il décroche de l'université pour s'engager dans une troupe de théâtre. Ce n'est pas le genre de chose qui réjouit des parents.

Puis, abracadabra, sa troupe part en tournée... en Inde! «On est restés quatre mois là-bas à jouer, en français et en anglais, un collage de pièces. C'était complètement fou!» se rappelle l'auteur. Ce voyage le marquera profondément, car il découvrira le kathakali, une danse classique sacrée. Il effectuera, au fil des années, 17 voyages en Inde pour l'étudier. «J'ai appris le métier d'acteur grâce au kathakali», mentionne Larry Tremblay. Il s'agit surement d'une excellente école, car il se fait offrir, à 26 ans, un poste d'enseignant à l'École nationale de théâtre, où il travaillera jusqu'en 2009. Sa première pièce, Le déclic du destin, sera présentée dans les années 80, mais ce qui le projettera sur le devant de la scène, c'est The Dragonfly of Chicoutimi, déjà considérée comme un classique. Son personnage principal, incarné par le regretté Jean-Louis Millette, se réveille et s'entend parler en anglais, mais dans un anglais avec la syntaxe française. «C'est une métaphore sur la perte d'identité qui menaçait le Québec en 1995», explique le dramaturge. La critique saluera ce tour de force. Jean-Louis Millette a joué cette pièce, sans relâche, jusqu'à sa mort, en 1999.

Suivront beaucoup d'autres réussites, au Québec comme à l'étranger. Aujourd'hui, Larry Tremblay, 58 ans, caresse de nouveaux projets, comme adapter Le Christ obèse au grand écran. Mais son rêve le plus fou, confie-t-il, c'est de voir sa pièce Abraham Lincoln va au théâtre, qui expose les excès des Amériques, jouée à New York. «Comment les Américains réagiraient-ils?» se questionne-t-il. Reste à voir si un producteur de la «Grosse Pomme» se laissera entrainer dans cette galère. À suivre.

Simon Diotte
Collaboration spéciale