Les bons conteurs font les belles histoires

Danielle Brabant (Image: Bernard Puech)Un roi des menteurs, une tricoteuse de mots et un poète-slameur. Des voix qui cherchent la poésie du monde, retissent des liens avec le passé et la part enfantine et rêveuse qui dort en chacun de nous. Pour pimenter un peu plus sa très riche programmation, la 10e Francofête de l'UdeM ouvre le livre de contes de trois artistes du sensible.

 

Eric Michaud, Danielle Brabant et Mathieu Lippé, trois lumineux conteurs québécois, convoquent les sentiments à d'étonnants voyages. Leurs univers peuplés d'histoires vraies ou pas, de poésie toujours, sont très différents mais nourris du même amour de la langue française et de l'émotion partagée.

Le «roi des menteurs»

Eric Michaud baigne dans les contes depuis bientôt 20 ans. Celui qui fut l'un des artisans du renouveau du conte au Québec dans les années 90 donne aujourd'hui plus de 200 spectacles par an. Sacré «roi des menteurs» en 2009 au Festival international de menteries de Moncrabeau, en France, Eric Michaud enfilera son costume d'époque pour la Francofête le 19 mars avec son spectacle Plus je vous en diray, plus je vous mentiray. L'occasion de se transporter en Nouvelle-France et de se régaler de contes traditionnels québécois.

Eric Michaud«Comme une chanson, un conte a besoin de rythme. Raconter, ce n'est pas narrer ou lire. Il faut aussi laisser la place à l'improvisation, savoir tirer parti de chaque évènement inattendu comme un cellulaire qui sonne ou un spectateur qui réagit», souligne Eric Michaud, qui savoure d'avance son auditoire étudiant: «Ce n'est pas le plus facile à tenir, mais je n'ai pas peur, ça fait 15 ans que j'ai le dernier mot.»

Capable de conter en anglais, cet ancien animateur de musée chérit la langue française: «Je suis un fervent défenseur du français bien fait, je m'efforce de ne pas tomber dans un langage trop simple. On doit préserver notre langue et cet effort doit aussi concerner les jeunes. Je suis admiratif des habitants de certains endroits, en Ontario, en Acadie par exemple, où les francophones se battent pour préserver une langue qui trébuche. Au Québec, on s'assoit trop vite sur notre langue.» Pour lui, le conte permet ce lien avec l'histoire: «Il nous fait revenir aux racines, à l'essentiel. C'est le seul art qui peut résister à une panne d'électricité...»

La tricoteuse de mots

Comme Eric Michaud, Danielle Brabant a été frappée par cette «lumière» du conte. Elle a vécu son «coup de foudre» en 2002. L'idylle se poursuit. «C'était lors de ma première fois sur scène, ce fut comme une révélation. C'était un concours. J'ai gagné le premier prix. Le conte réunit deux grands plaisirs: écrire, construire des histoires, trouver les images et la partie sur scène, le contact avec le public. Il y a une extraordinaire liberté. J'aime m'abreuver de bouts de poèmes, m'inspirer de citations, d'éléments d'actualité. Je ramasse beaucoup de couleurs différentes, puis je tricote ça.»

Tout juste de retour de Barcelone, la conteuse va livrer à la Francofête son spectacle Madame B. et autres histoires le 21 mars. Une récit de vie qui mêle fantastique, poésie, humour et émotion, beaucoup d'émotion: «Avec le conte, on peut à la fois raviver le passé et parler de ce qui se passe aujourd'hui, on peut aborder les grandes questions intemporelles: l'amour, la mort, le partage, le pouvoir. Mais les mots sont aussi un plaisir, un jeu, une matière.»

Danielle Brabant, qui se produit un peu partout dans le monde, veut avant tout «partager»: «Jouer avec, interagir, ça vaut de l'or. Chaque moment est unique. Le conte met des êtres humains face à face. Le Web, c'est formidable, mais vient un moment où l'on veut de la chair et de l'os, on veut de l'humain!»

Le poète-slameur

Mathieu LippéDe l'humain, Mathieu Lippé, qui sera l'invité de la Francofête le 18 mars, en a à revendre. Artiste aux multiples talents, à la fois musicien, chanteur, poète et slameur, il sème sa sensibilité depuis plus de 10 ans sur scène, dans les écoles... partout où peut germer son message «humaniste».

Gagnant du Festival international de la chanson de Granby en 2011, deuxième de la Coupe du monde de poésie de Bobigny (Paris), il viendra à l'UdeM avec ses mots et sa guitare. «Je suis porté par mon inspiration, que je puise dans la vie, dans les contes traditionnels, la poésie, académique ou surréaliste», confie Mathieu Lippé, qui dit aimer autant Baudelaire que Queneau.

Pour lui aussi la langue française est le «véhicule idéal» de son art: «C'est une vraie richesse, une langue poétique et rigoureuse. Elle est certes moins radieuse que par le passé, mais elle porte des valeurs et une culture très fortes. Elle est un prétexte d'humanisme, le vecteur d'actions et d'une vision généreuse et éclairée. Des valeurs que j'essaie de transmettre.»

Frédéric Berg
Collaboration spéciale

     

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