Thomas Hellman, entre l'ombre et la lumière

  • Forum
  • Le 11 mars 2013

  • Marie Lambert-Chan

Thomas HellmanIl y a un peu plus d'un an, Thomas Hellman ne connaissait que le nom de Roland Giguère. C'est un ami qui lui a mis entre les mains un recueil du poète en lui affirmant qu'«il y a de la musique là-dedans». «Cet homme a 90 ans et il est sourd, raconte l'auteur-compositeur-interprète. Or, quand une personne malentendante te parle de la musicalité d'une poésie, c'est qu'il y a quelque chose à découvrir.» Ce fut le point de départ d'une formidable aventure qui, quelques mois plus tard, a abouti au lancement du livre-disque Thomas Hellman chante Roland Giguère, salué par la critique.

 

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Il y a un peu plus d'un an, Thomas Hellman ne connaissait que le nom de Roland Giguère. C'est un ami qui lui a mis entre les mains un recueil du poète en lui affirmant qu'«il y a de la musique là-dedans». «Cet homme a 90 ans et il est sourd, raconte l'auteur-compositeur-interprète. Or, quand une personne malentendante te parle de la musicalité d'une poésie, c'est qu'il y a quelque chose à découvrir.» Ce fut le point de départ d'une formidable aventure qui, quelques mois plus tard, a abouti au lancement du livre-disque Thomas Hellman chante Roland Giguère, salué par la critique.

Le chanteur a mis en musique 13 titres du regretté poète tirés des recueils L'âge de la parole et Temps et lieux. «Dès la première lecture, j'ai su que ces vers pouvaient constituer la matière première d'une chanson. Les mélodies me venaient naturellement», se remémore-t-il.

Les mots de Roland Giguère chantent d'eux-mêmes, mais, étonnamment, leur auteur n'appréciait pas la musique. «C'est ce que m'a révélé sa femme, Marthe Gonneville, qui m'a épaulé dans ce projet, souligne Thomas Hellman. Peut-être avait-il assez de musique en lui pour ne pas en avoir besoin autour de lui...»

Le chanteur ne tarit pas d'éloges à l'égard de l'œuvre de Giguère. «Sa poésie n'est pas désincarnée. Elle est sincère. Elle est faite d'images à la fois simples et fortes. Ses thèmes sont toujours d'actualité: l'exil, le rapport à la nature et au langage et bien sûr la mort...»

Impossible en effet d'aborder l'œuvre du poète sans évoquer son présumé suicide en 2003. «Comme le dit si bien Évelyne de la Chenelière dans la préface du livre-disque, comment un homme capable de produire autant de beauté peut-il sombrer dans le désespoir au point de se donner la mort? remarque Thomas Hellman. Ce jeu d'ombre et de lumière est continuellement présent dans ses poèmes. Pour ma part, j'ai voulu me concentrer sur le Roland Giguère contemplatif et lumineux, celui qui m'a séduit en premier lieu.»

Le livre-disque rend hommage aux écrits de Giguère, mais aussi à son œuvre visuelle, lui qui fut également typographe, graveur, peintre et cofondateur des Éditions de l'Hexagone – qui ont d'ailleurs publié le livre-disque. «Roland Giguère croyait beaucoup à la beauté du livre, signale-t-il. Moi aussi. Ses vers sont indissociables de ses dessins, où l'on trouve des images qui évoquent le monde des rêves tout en demeurant enracinées dans la réalité.»

 

Thomas Hellman

Soif de simplicité

 

 

Le côté brut de cette poésie appelait un son décomplexé. «Instinctivement, j'ai choisi d'aller vers le folk et le blues, des formes de musique simples et dépouillées, affirme Thomas Hellman. Nous vivons dans une époque où l'on tend à tout enrober dans le milieu culturel. Pourtant, il est plus facile d'aller à l'essentiel en enlevant des choses. À travers le dépouillement, on arrive à mieux faire parler les mots.»

Dès le printemps, l'auteur-compositeur-interprète amènera l'œuvre de Giguère en tournée. Une série de spectacles est déjà prévue à Montréal, au théâtre de Quat'Sous, en septembre. «J'aimerais faire voyager le public, espère-t-il. Cela passera beaucoup par les textes de Giguère, mais aussi par d'autres, comme ceux de Samuel Archibald, Patrice Desbiens et Eduardo Galeano.»

Selon lui, la poésie se met en scène différemment de la chanson. «Dans mon spectacle, la musique parlera davantage en se retirant. Elle soutiendra alors mieux les mots. Le plus difficile sera de savoir quand faire taire la musique. Ou quand faire taire les mots. Les deux doivent se compléter de façon à avoir juste assez de place pour donner un peu de couleur à l'autre, sans jamais parler en même temps.»

Invité à la Francofête de l'UdeM, Thomas Hellman donnera une conférence le 20 mars, à 19 h, à la librairie Olivieri, où il parlera de son parcours et de son amour du français, et interprètera quelques poèmes de Giguère. Il sera accompagné du contrebassiste Sage Reynolds.

Marie Lambert-Chan