Après le virage vert, voici le virage bleu

  • Forum
  • Le 18 mars 2013

  • Daniel Baril

D'un commun accord, l'Université de Montréal, HEC Montréal et Polytechnique Montréal annoncent qu'elles s'engagent à prendre le «virage bleu». Il s'agit d'une initiative visant à réduire l'utilisation de contenants d'eau à usage unique et à favoriser la consommation d'eau du robinet, qui est de très bonne qualité à Montréal et sur les autres campus de l'UdeM.

 

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D'un commun accord, l'Université de Montréal, HEC Montréal et Polytechnique Montréal annoncent qu'elles s'engagent à prendre le «virage bleu». Il s'agit d'une initiative visant à réduire l'utilisation de contenants d'eau à usage unique et à favoriser la consommation d'eau du robinet, qui est de très bonne qualité à Montréal et sur les autres campus de l'UdeM.

Les trois partenaires ont rendu publique leur intention quelques jours avant la Journée mondiale de l'eau, célébrée le 22 mars.

L'opération «virage bleu» se concrétisera notamment par la campagne As-tu ta gourde d'eau?, en collaboration avec Ma santé au sommet, destinée à encourager l'utilisation de bouteilles réutilisables pour s'approvisionner aux fontaines. Des gourdes en acier inoxydable et aux couleurs de l'UdeM seront vendues dans les cafés étudiants et, en septembre, dans les distributrices.

La communauté universitaire est donc invitée à consommer l'eau des 310 fontaines que compte le campus. Les usagers ont d'ailleurs pu remarquer que certaines d'entre elles ont été parées d'un nouvel habillage afin d'attirer l'attention. Environ 14 autres fontaines seront installées d'ici le mois d'aout prochain.

Retrait de l'eau embouteillée

D'autre part, l'Université de Montréal entend retirer l'eau embouteillée présentement vendue dans les distributrices et cafés étudiants d'ici la rentrée de septembre 2013. Déjà en 2010, la FAECUM avait sensibilisé la direction de l'Université à ce problème et demandait de réduire l'offre d'eau en bouteilles.

«Notre décision fait suite à cette mobilisation de la communauté étudiante et s'inscrit dans la ligne de nos engagements quant au développement durable», a souligné Louise Béliveau, vice-rectrice aux affaires étudiantes et au développement durable.

Rien qu'à l'UdeM, ce sont près de 75 000 bouteilles d'eau qui sont consommées chaque année. Au Québec, seulement 44 % de ces bouteilles à usage unique sont recyclées. Résultat: quelque 560 millions de contenants en plastique se retrouvent au dépotoir annuellement, selon une estimation de 2008 de Recyc-Québec.

Une eau de très bonne qualité

De nouvelles fontaines permettront de remplir facilement sa gourde d’eau.D'après les spécialistes que nous avons consultés, l'eau de l'aqueduc de Montréal est de très bonne qualité. Sur le campus, cette eau doit toutefois passer par un long circuit de tuyaux avant d'arriver aux fontaines.

L'entretien de ce circuit ne relève pas de la Ville mais de l'Université, qui est ainsi tenue d'effectuer des tests bactériologiques et physicochimiques mensuels. «Tous les mois, 20 échantillons d'eau prélevés aux extrémités du réseau dans les 20 pavillons du circuit du campus sont analysés par une firme indépendante et les résultats sont envoyés au ministère de l'Environnement, explique Suzanne Deguire, chef de section à la division Santé et sécurité au travail de la Direction de la prévention et de la sécurité de l'UdeM. Si des anomalies sont décelées, l'Université est avisée et doit prendre des mesures appropriées qui peuvent aller d'un simple affichage à la coupure d'eau, cette dernière éventualité ne s'étant jamais produite. S'il y a coupure d'eau par la Ville, ces tests doivent être refaits avant que la consommation soit de nouveau autorisée.»

Pour Mme Deguire, l'eau des fontaines est donc tout à fait potable et elle ne craint aucunement d'en consommer. «Je ne bois jamais d'eau embouteillée!» déclare-t-elle.

Kathryn Furlong, professeure au Département de géographie et spécialiste de la gestion publique de l'eau potable, est du même avis et considère que le retrait de l'eau embouteillée est une bonne chose dans la mesure où les fontaines sont facilement accessibles. À ses yeux, cette initiative aidera à faire prendre conscience de la bonne qualité de l'eau d'aqueduc à Montréal.

En plus de leur empreinte environnementale, les bouteilles en plastique ne sont pas sans risque, mentionne pour sa part Robert Tardif, professeur au Département de santé environnementale et santé au travail, expert-conseil pour Santé Canada et l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail de France.

«Certains contenants en plastique transparent peuvent libérer des produits chimiques comme le bisphénol A, affirme le professeur. Même si Santé Canada considère qu'il n'y a pas de danger, il faut éviter de chauffer ces contenants pour limiter cette possibilité. En revanche, les contenants réutilisables en acier inoxydable ou autres matériaux stables ne libèrent aucune substance nocive.»

Pour les sceptiques

Mais le traitement des eaux d'aqueduc par chloration produit lui aussi des substances qui ne sont pas nécessairement ce qu'il y a de mieux pour la santé. Le professeur se veut toutefois rassurant: «L'eau traitée au chlore contient en effet des trihalométhanes, qui sont des sous-produits de la désinfection, reconnait-il. Mais il n'y a pas lieu de s'inquiéter et leur niveau est surveillé.»

Les trihalométhanes sont très volatils et disparaitront d'eux-mêmes après quelques heures dans la bouteille. Pour éliminer toute présence de substances potentiellement toxiques, on peut aussi employer un filtre au charbon au moment de remplir la bouteille.

Daniel Baril