Conquête historique pour l'UdeM

Les hockeyeuses des Carabins laissent éclater leur joie à l’issue d’un des buts qui leur a assuré le championnat canadien le 10 mars. (Image: Angelina Campigotto)Il ne restait que 30 secondes à jouer dans la partie. Sur le banc, la capitaine Kim Deschênes et l'attaquante Ariane Barker trouvaient que le temps s'écoulait bien lentement. À l'instar de leurs coéquipières, elles réalisaient que leur rêve de donner à l'Université de Montréal son premier championnat de Sport interuniversitaire canadien (SIC), tous sports confondus, depuis la relance des Carabins dans les années 90 devenait réalité.

 

Sur la glace, les Bleues s'accrochaient à une mince avance de 3 à 2 et subissaient les attaques répétées des Dinos de l'Université de Calgary, championnes en titre. Les encouragements des partisans qui avaient fait le voyage avaient monté d'un cran. Lorsque l'arbitre en chef a sifflé pour mettre fin au match, elle a fait passer les Carabins et leurs supporteurs de la joie à l'euphorie.

«C'est le plus beau jour de ma vie... après celui de ma naissance!» s'est exclamée la défenseuse recrue Athéna Locatelli, qui joue également avec l'équipe nationale de France.

Après avoir reçu une médaille d'argent un an auparavant, les Bleues ont été couvertes d'or. Rarement une formation aura-t-elle été couronnée aussi rapidement. À leur quatrième saison d'existence, les joueuses en bleu-blanc-noir forment désormais la meilleure équipe du pays. Du même coup, l'UdeM est devenue la première université francophone à gagner le titre national en hockey féminin.

Dans le vestiaire après le match, l'émotion était palpable. Avant qu'on sable le champagne, la directrice des programmes sportifs de l'UdeM, Manon Simard, était sur un nuage, voyant une première équipe remporter un titre de SIC depuis qu'elle a pris l'initiative de relancer les Carabins en 1995. «Après 18 ans, ça doit être le signe que notre programme est finalement arrivé à maturité», a-t-elle dit avec le sourire.

À ses côtés, Danièle Sauvageau, la directrice générale du programme de hockey féminin, se remémorait de bons souvenirs. «Réussir un tel exploit en seulement quatre ans, la même durée qu'un cycle olympique, ça me fait revivre des moments qui se comparent à la première conquête de la médaille d'or du Canada aux jeux de 2002», a souligné celle qui était l'entraineuse-chef des Canadiennes à l'époque.

Pour accéder au sommet aussi vite, l'équipe a misé sur un personnel d'encadrement de renom. Dans le vestiaire, outre Danièle Sauvageau, les collaborateurs de l'entraineuse-chef Isabelle Leclaire et de ses bras droits, Pascal Daoust et Brittany Privée, avaient raison de célébrer. Notamment France St-Louis, l'une des meilleures joueuses de l'histoire canadienne, et Dominic Roussel, qui a gardé les buts dans plus de 200 matchs dans la Ligue nationale de hockey.

La directrice générale du programme de hockey féminin, Danièle Sauvageau, a comparé la victoire des Carabins à celle qui lui a apporté une médaille d’or aux Olympiques de 2002. Rien de moins! (Photo: Angelina Campigotto)

Les Carabins y croyaient

Avant le début de la finale provinciale face aux Martlets de l'Université McGill, septuples championnes au Québec, Isabelle Leclaire pensait à sa capitaine, Kim Deschênes. L'athlète de 21 ans a déjà marqué l'histoire de l'équipe après avoir pris part aux quatre saisons de la formation, détenant plusieurs records et ayant reçu différents honneurs. Il en manquait toutefois un à sa feuille de route avant que sa carrière universitaire se termine à l'hiver 2014.

«La seule chose à laquelle je pense, c'est que tu partes avec un titre de championne canadienne, parce que c'est la seule chose à la hauteur de ce que tu mérites», lui a écrit Isabelle Leclaire par messagerie texte la veille du premier match contre l'Université McGill.

Kim Deschênes lui a répondu: «Wow, c'est un honneur! On va y arriver ensemble, on y est presque. En plus, les filles y croient tellement.» Le reste fait dorénavant partie de l'histoire. En grande finale, la joueuse de Saint-Quentin, au Nouveau-Brunswick, a inscrit deux buts, dont celui de la victoire, et a été sacrée joueuse par excellence du championnat canadien.

«Ce n'est pas important qui a compté les buts, a dit la capitaine modestement après le match. Dans 10 ans, ce n'est pas de ça qu'on va se rappeler, c'est qu'on a marqué l'histoire grâce à un groupe exceptionnel.»

Une victoire pour tous les Carabins

L'élément déclencheur de cette conquête a peut-être été la victoire de l'équipe dans le deuxième match de la finale provinciale contre les Martlets, alors invaincues au pays, au CEPSUM. Propulsées par leurs bruyants partisans, surtout des athlètes des autres équipes des Carabins, les Bleues ont comblé un déficit de 2-0 pour l'emporter 3-2.

«Je n'avais jamais entendu autant de bruit dans les gradins de toute ma vie pour un match de hockey féminin», a affirmé Isabelle Leclaire au terme de cette rencontre.

Pour le troisième et ultime match, des membres de plusieurs autres équipes des Carabins se sont déplacés pour encourager les leurs de nouveau, prenant possession du domicile des Martlets. Leurs encouragements ont mené à la victoire de 2 à 1 des Bleues qui leur permettait de se qualifier pour le championnat canadien. Et bien que celui-ci ait été présenté à Toronto, l'équipe de hockey féminin a toujours senti l'appui de ses pairs.

«On recevait des messages d'encouragement des athlètes des autres équipes, dit Kim Deschênes. Même s'ils n'étaient pas sur place, on savait qu'ils regardaient nos matchs et nous soutenaient.»

Cet appui entre les différentes équipes des Carabins s'est véritablement développé cette saison. Ce premier titre de SIC a été remporté par l'équipe de hockey féminin, mais les membres des autres formations y ont contribué. Gagner un championnat est l'affaire de tous à l'UdeM.

Mathieu Dauphinais
Collaboration spéciale