Drogues et troubles psychiatriques: quels liens?

(Illustration: Claude Gauthier)La moitié des schizophrènes sont atteints de toxicomanie, un pourcentage beaucoup plus élevé que dans la population en général. Mais pourquoi sont-ils si nombreux à consommer des drogues? Est-ce parce qu'ils cherchent ainsi une certaine forme d'automédication, soit pour atténuer les symptômes de leur maladie, soit pour réduire les effets secondaires de leurs médicaments?

 

Ou encore leurs médicaments les rendent-ils plus vulnérables à la consommation de drogue?

Ces questions complexes feront l'objet de discussions au 35e symposium du Groupe de recherche sur le système nerveux central (GRSNC) de l'Université de Montréal, qui se déroulera les 6 et 7 mai sur le campus. Au cours de cette rencontre, sur le thème «Drogues d'abus et troubles psychiatriques: aspects neurobiologiques et cliniques», 15 conférenciers, tous des chefs de file en la matière, feront le point sur les plus récents travaux portant sur le phénomène de la comorbidité, cet état où coexistent un trouble psychiatrique et une consommation problématique de drogue. «On va faire le tour du sujet, depuis les effets des drogues sur les cellules jusqu'au traitement des patients», résume Louis-Éric Trudeau, professeur au Département de pharmacologie de l'UdeM et l'un des cinq organisateurs du symposium.

Les conférences de la première journée porteront sur les effets du cannabis sur les maladies mentales. «Actuellement, les recherches démontrent que le cannabis peut produire, chez les personnes ayant un fond de susceptibilité génétique, des symptômes psychotiques», dit Anne-Noël Samaha, professeure agrégée sous octroi au Département de pharmacologie et coorganisatrice du symposium.

Louis-Éric Trudeau et Anne-Noël Samaha, du Département de pharmacologie, font partie du comité organisateur du 35e symposium du GRSNC, avec Pierre-Paul Rompré et Emmanuel Stip, du Département de psychiatrie, et Daniel Lévesque, de la Faculté de pharmacieAutrement dit, la consommation de cannabis pourrait faciliter l'apparition des symptômes de la psychose. Le problème, c'est que personne ne sait, avant de consommer du cannabis, s'il est à risque! L'une des présentations se penchera d'ailleurs sur la consommation de la marijuana à l'adolescence et le risque de psychose, un trouble de la pensée pendant lequel les gens déconnectent de la réalité.

Une autre conférence traitera des effets potentiellement nocifs de l'exposition au cannabis d'un fœtus. Ce bébé serait plus susceptible, dans son développement, de souffrir d'un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Toutefois, d'autres complications ne sont pas exclues. «On touche ici à une importante question de santé publique», souligne M. Trudeau. Des participants expliqueront aussi l'action du cannabis sur le fonctionnement du cerveau, notamment sur les neurones qui sécrètent la dopamine, le champ d'expertise du professeur.

Durant la deuxième journée, les conférenciers s'attaqueront aux psychostimulants et à la nicotine. Plusieurs hypothèses seront débattues, dont la probabilité que certains médicaments, tels que le méthylphénidate, mieux connu sous le nom de Ritalin, rendent les personnes plus vulnérables à l'abus de drogue. «Les recherches arrivent à des résultats contradictoires. C'est difficile de déterminer si ce sont les médicaments qui augmentent les risques ou si ce sont les gens ayant un TDAH qui sont, à la base, plus vulnérables à la consommation de drogue», explique Mme Samaha, qui étudie, en laboratoire, le lien entre certains médicaments et consommation excessive de drogue.

Il sera en outre question de la nicotine, cet ennemi de la santé publique, qui pourrait cependant avoir des effets potentiellement bénéfiques chez les schizophrènes par exemple. «Ça pourrait théoriquement améliorer leur niveau d'attention et faciliter les fonctions cognitives», affirme Louis-ÉricTrudeau. Cependant, les schizophrènes consomment aussi beaucoup d'autres drogues, comme la cocaïne. Est-ce là également une tentative d'automédication? «La cocaïne, c'est un stimulant. Ça ne calme pas les symptômes de psychose, bien au contraire. Même les schizophrènes admettent qu'ils vont moins bien quand ils en prennent. Alors pourquoi le font-ils?» questionne Anne-Noël Samaha.

Ce symposium, qui mettra en valeur la recherche en neurosciences à l'Université de Montréal, un des chefs de file canadiens dans le domaine, se terminera sur un débat: comment donner une application concrète aux données provenant de la recherche fondamentale? «Plusieurs experts donneront leur avis sur les pistes à explorer pour arriver à des améliorations cliniques», indique le professeur. Si l'on ne pense pas que de nouveaux traitements découleront de ce symposium, les échanges permettront certainement d'orienter la recherche. On y attend de 250 à 300 participants.

Simon Diotte
Collaboration spéciale