Un partenariat en matière de santé avec les universités chinoises

  • Forum
  • Le 18 mars 2013

  • Dominique Nancy

La médecine familiale intéresse beaucoup la Chine.«Pour l'Université, la Chine représente un énorme marché qui offre une réelle occasion de création de partenariats.» C'est ce que croit le Dr Jean Pelletier, directeur du Département de médecine de famille et de médecine d'urgence de l'Université de Montréal, qui part en compagnie du recteur, Guy Breton, en mission à Pékin et à Shanghai.

 

Cette mission revêt une grande importance pour l'UdeM, qui désire renforcer les liens existants entre ses chercheurs et ses partenaires chinois, tout spécialement dans le contexte actuel où le gouvernement chinois veut développer la formation en médecine familiale et instaurer une médecine de première ligne. Le Dr Pelletier et ses collègues rencontreront le ministre de la Santé ainsi que les doyens des facultés de médecine de Pékin et de Shanghai.

«La Chine connait actuellement un problème d'inégalité dans l'accès aux soins de base entre les campagnes et les villes, rappelle le Dr Pelletier. Pour tenter de remédier à la situation, le gouvernement chinois a entrepris une réforme de l'organisation du système de santé dont un des piliers est l'établissement d'une médecine de première ligne. Il a l'ambition de former quelque 200 000 médecins de famille au cours des prochaines années. Notre mission est d'explorer les possibilités de partenariats afin de l'aider à atteindre cet objectif.»

Reconnu par le Collège des médecins de famille du Canada, le Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l'UdeM est réputé dans l'innovation pédagogique et le transfert d'expertise. Il entretient notamment depuis 2006 des liens étroits avec les facultés de médecine de Tunisie, qui bénéficient de son savoir-faire dans l'implantation de programmes de formation en médecine familiale. «Le projet avec la Chine nous permettrait de consolider notre position dans le domaine sur la scène internationale. Je pense qu'on a aussi des choses à apprendre d'une réorganisation d'un système de santé.»

 

Jean Pelletier

À la façon chinoise

 

 

Depuis 2001, les biens de consommation made in China ont inondé les marchés. La Chine a ainsi multiplié son produit intérieur brut par plus de quatre en 12 ans. Mais les Chinois ne voient pas leur niveau de vie progresser aussi vite que la prospérité économique. Outre l'accessibilité défaillante aux soins médicaux, l'accès à l'eau potable et la sécurité alimentaire posent encore de sérieux problèmes.

La réorganisation du système de santé fait partie des grands projets du gouvernement chinois, avec la construction d'installations modernes et l'envoi d'étudiants dans les universités étrangères. «La médecine de première ligne est depuis plusieurs années au centre d'intenses débats dans de nombreux pays, souligne le Dr Pelletier. Au-delà de facteurs conjoncturels propres à chaque pays, ce regain d'intérêt répond à des préoccupations autant médicales qu'économiques.» La nécessité d'une «médecine praticienne, globale, de proximité, centrée sur la personne et orientée vers la famille et la communauté», pour reprendre les termes de l'Organisation mondiale de la santé pour caractériser la médecine familiale, s'est ainsi imposée.

Coïncidence ou pas, le projet avec la Chine arrive à un moment où la médecine de famille au Québec est devenue une priorité sociale. «Je pense qu'il y a une similitude entre ce qui se passe ici et ce que d'autres pays souhaiteraient faire, affirme le Dr Pelletier. Cela contribue au sentiment que j'ai que la médecine de famille est extrêmement importante.»

Mais pour la Chine, le défi est de taille. Car il remet en question les capacités évolutives du système politique qui la structure. «Cela prendra sans doute un certain temps, mais la réforme se fera... à la façon chinoise», conclut le Dr Pelletier.

Dominique Nancy