De la galère au postdoctorat

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  • Le 25 mars 2013

  • Dominique Nancy

«Je suis un exemple de raccrocheur qui a réussi et mon parcours pourrait en motiver d'autres à reprendre leurs études.» (Image: Alexis Gagnon)À 59 ans, Richard Warren a le profil d'un brillant universitaire qui participe à des jurys de thèse, siège à des comités d'études des cycles supérieurs et publie dans d'importantes revues savantes. Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

 

À l'âge où il aurait dû entrer à l'université, il a décidé de tourner le dos aux études. Il n'effectuera un retour sur les bancs d'école que sept ans plus tard!

«Un décrochage extrême, admet en riant le professeur du Département de psychiatrie de l'Université de Montréal et chercheur en neurophysiologie à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal. J'ai commencé des études collégiales en sciences de la santé dans le but de devenir médecin, mais mes plans ont changé en cours de route.»

Après avoir obtenu un diplôme d'études collégiales en sciences humaines, il se retrouve sur le marché du travail, où il effectue 36 métiers: planteur d'arbres, commis d'épicerie, journalier, guide touristique, pâtissier... C'était avant de devenir papa. À la même époque, sa galère prend fin et il décide d'entreprendre des études universitaires. «Je ne pensais pas que je retournerais aux études, confie-t-il. Mais ç'a été la meilleure décision de ma vie.»

Coup sur coup, il décroche... un diplôme de baccalauréat en biologie (1984) de l'Université du Québec à Rimouski, puis un doctorat du Département de neurologie et de neurochirurgie de l'Université McGill (1990), avant de poursuivre un postdoctorat à l'Université de Californie à Irvine. Pendant ses études doctorales et postdoctorales, cet adepte de plein air a reçu des bourses d'excellence des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Quatre ans plus tard, il est engagé par le Département de psychiatrie, où il est professeur sous octroi depuis 1994.

Aujourd'hui, M. Warren participe bénévolement au projet La science prend le métro et le bus, dont le but est d'inciter les décrocheurs à retourner aux études pour faire une carrière en sciences. «Je suis un exemple de raccrocheur qui a réussi, dit-il, et mon parcours peut peut-être en motiver d'autres à reprendre leurs études.»

La neurophysiologie

Professeur à l'Université McGill, Robert W. Dykes se souvient d'avoir accueilli dans son laboratoire cet étudiant à la curiosité insatiable. «Sa maturité a apporté une grande richesse au laboratoire. Il avait souvent des anecdotes amusantes à raconter sur les différents emplois qu'il avait occupés. Et je m'ennuie des délicieuses pâtisseries qu'il nous préparait», dit celui qui a dirigé ses études de doctorat.

La découverte de la neurophysiologie et des mécanismes de fonctionnement du cerveau est déterminante dans sa vie professionnelle. Dès qu'il plonge dans l'étude de l'effet de la noradrénaline sur le cortex somesthésique avec M. Dykes, Richard Warren comprend que ce domaine de recherche sera pour longtemps sa passion. «Pas moyen de comprendre l'homme et sa nature sans l'étude des mécanismes du cerveau», affirme le professeur.

Le laboratoire de M. Warren, qui était jusqu'en 2010 situé au Centre de recherche Fernand-Seguin, se trouve depuis sur les flancs du mont Royal, au pavillon Roger-Gaudry. Ses travaux portent sur la régulation des neurones dopaminergiques du cerveau, les mécanismes de libération de la dopamine ainsi que l'action cellulaire et moléculaire des antipsychotiques, des neuropeptides et de la nicotine. Son financement provient des plus prestigieux organismes scientifiques, dont les IRSC et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Les décrocheurs qui voudraient demander conseil au professeur Warren pour effectuer un retour aux études peuvent communiquer avec lui à l'adresse courriel profwarren@lascienceprendlemetro.qc.ca. Ils peuvent aussi consulter le site Internet du projet La science prend le métro et le bus.

Dominique Nancy