Doctorat: recevoir une bourse augmente les probabilités d'obtenir son diplôme

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  • Le 25 mars 2013

  • Marie Lambert-Chan

Vincent LarivièreDepuis 2008, 660 doctorants ont reçu la prestigieuse bourse Vanier, d'une valeur annuelle de 50 000 $ et renouvelable pendant trois ans. Ce très généreux appui du gouvernement canadien assure-t-il pour autant la réussite de ces étudiants?

 

Pas tout à fait, estime Vincent Larivière. «Les doctorants qui décrochent des bourses d'excellence sont plus nombreux à terminer leurs études que ceux qui n'en ont pas. Mais là s'arrête l'avantage compétitif. Le montant de la bourse n'aura à peu près pas d'effet sur les probabilités d'obtenir son diplôme. Le seul fait d'être boursier change tout. On gagnerait davantage à distribuer plusieurs bourses d'un même montant que peu de bourses très généreuses, surtout dans un contexte où le taux d'abandon est élevé.»

Ce professeur de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal a examiné les liens entre les bourses d'excellence des grands organismes subventionnaires canadiens et québécois et l'obtention d'un diplôme, la productivité en recherche et le taux de citation des articles scientifiques chez les étudiants québécois inscrits au doctorat entre 2000 et 2007.

À la lumière des résultats de sa recherche, Vincent Larivière n'hésite pas à se montrer critique à l'endroit des programmes de bourses d'études supérieures. «Au Québec, tous les étudiants reçoivent le même montant, et c'est très bien ainsi. Mais on observe une surenchère à l'échelon fédéral depuis quelques années. Le montant des bourses augmente sans cesse. La bourse Vanier en est un exemple.»

La bourse finit par avoir les apparences d'un prix. «On perd de vue l'objectif de la bourse: appuyer financièrement l'étudiant pour lui permettre d'obtenir son diplôme et non pas le récompenser parce qu'il est brillant», constate-t-il.

Publication et taux de citation

Selon les données de Vincent Larivière, les doctorants dont les travaux sont financés publient près de trois fois plus d'articles scientifiques que leurs collègues qui n'ont pas reçu un sou. «C'est immense!» s'exclame-t-il.

Fait intéressant, les étudiants à qui des organismes fédéraux ont accordé des bourses publient autant que ceux qui ont été soutenus par une bourse provinciale. «Le montant des bourses fédérales est plus élevé, mais cela ne rend pas les récipiendaires plus productifs, explique le professeur. Encore une fois, la valeur de la bourse n'a aucune influence.»

Les articles des boursiers sont par ailleurs plus cités que ceux des doctorants dont la scolarité n'est pas financée. «Ce phénomène est encore plus évident chez les étudiants qui ont obtenu une bourse d'excellence fédérale», précise le professeur.

Les prouesses des boursiers sont certes remarquables, mais, comme le mentionne M. Larivière, sont-elles attribuables à la bourse ou à leur compétence? «On doit garder à l'esprit qu'il y a un biais de sélection: les lauréats d'une bourse sont par définition les meilleurs. Autrement dit, cette recherche mesure d'une certaine façon l'effet des bourses d'excellence sur le taux de diplomation. D'un autre côté, on démontre aussi que les conseils subventionnaires évaluent adéquatement les étudiants, puisqu'ils choisissent les plus performants.»

Le professeur a toutefois découvert que l'effet probable de la bourse s'annule dès qu'on insère le facteur de la publication dans l'équation. En effet, les étudiants qui publient des articles au cours de leur doctorat ont plus de chances de recevoir leur diplôme, et ce, qu'ils aient bénéficié d'une bourse ou non. Parmi les doctorants qui ont publié entre un et cinq papiers, le taux de diplomation est même plus élevé chez ceux qui ne sont pas boursiers.

Pour Vincent Larivière, l'intégration à des équipes de recherche conduit peut-être davantage à finir ses études doctorales que les bourses d'excellence. «Les étudiants qui publient au doctorat font généralement partie d'un laboratoire ou d'un centre de recherche. Ils se retrouvent avec des professeurs et des étudiants avec qui ils peuvent discuter de leur sujet de thèse. Ils ont l'occasion d'enrichir leur réflexion qui, pour plusieurs, se limite à leurs discussions avec leur directeur de recherche. Bref, les doctorants qui travaillent seuls et voient leur directeur trois fois par année risquent fortement de ne pas terminer leurs études, contrairement à leurs collègues qui sont membres d'une équipe de recherche.»

Les résultats de l'étude de Vincent Larivière seront publiés prochainement dans La revue canadienne d'enseignement supérieur.

 

Marie Lambert-Chan