Ne jetez plus vos pelures de pomme!

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  • Le 25 mars 2013

  • Marie Lambert-Chan

La pelure de pomme est bonne pour la santé et encore davantage si on la combine avec des canneberges: réunis, leurs polyphénols assurent une meilleure défense contre le stress oxydatif. (Image: iStockphoto)La pelure de la pomme n'a pas bonne presse. Enduite de cire et couverte de résidus de pesticides et de fongicides, elle fait peur à bien des consommateurs, qui préfèrent ne pas la manger. Ils ont tort, selon le Dr Emile Levy.

 

«La pelure de la pomme contient des molécules organiques bénéfiques pour la santé, appelées polyphénols, qui ont le pouvoir de prévenir, voire de contrecarrer le stress oxydatif et l'inflammation dans le système gastro-intestinal. Et ces propriétés exceptionnelles ne se retrouvent pas toujours dans la chair du fruit. Mieux vaut donc bien laver la pelure à l'eau chaude plutôt que de l'enlever», affirme ce professeur du Département de nutrition de l'Université de Montréal.

Son équipe vient tout juste de publier une étude sur ce sujet dans la revue scientifique PLOS One. À l'aide de la spectrométrie de masse et de la nutrigénomique, elle a testé l'effet de polyphénols extraits de pelures de pomme déshydratées sur des cellules intestinales. La quantité utilisée équivalait à une consommation quotidienne de deux ou trois pommes.

«Nous avons constaté que ces molécules neutralisent de façon considérable les radicaux libres, qui sont au cœur du stress oxydatif. Elles s'attaquent également à toutes les voies d'inflammation», rapporte le Dr Levy, qui est directeur scientifique du Service de gastroentérologie, d'hépatologie et de nutrition du CHU Sainte-Justine, ainsi que titulaire de la Chaire J.A. DeSève de recherche en nutrition.

Le stress oxydatif, explique-t-il, est utile en quantité modérée, car il renforce le système immunitaire pour combattre les infections. Cependant, un excès entraine l'inflammation, porte préjudice à la fonction des différents tissus et nuit à l'intégrité des organes.

Les études sur la pomme sont nombreuses, mais jusqu'à présent les preuves scientifiques étaient surtout obtenues indirectement. «On demandait à des sujets de remplir un journal alimentaire afin d'établir des liens épidémiologiques entre leur état de santé et leur alimentation. Mais comment peut-on alors connaitre avec précision l'action de chaque nutriment ingéré?» mentionne-t-il.

Le Dr Levy et son équipe, notamment Marie-Claude Denis, une étudiante au doctorat, font partie des premiers chercheurs à s'intéresser à l'influence directe des polyphénols sur le système gastro-intestinal. «Nous voulons en augmenter les effets cliniques et thérapeutiques, en plus de démontrer à la population ce qu'elle gagne à consommer des fruits», précise-t-il.

Emile Levy

La canneberge, meilleure amie de la pomme

 

Ces chercheurs ont également exploré entretemps les propriétés de la canneberge, réputée pour renfermer les polyphénols les plus puissants. «Dans une étude à paraitre, nous avons fait la démonstration que la canneberge et la pelure de la pomme ont les mêmes propriétés et qu'elles sont complémentaires, dit le Dr Levy. Leurs polyphénols se combinent pour assurer une meilleure défense contre le stress oxydatif et l'inflammation, et combattre la maladie.» Il estime que ces résultats constituent un argument supplémentaire pour encourager la population à diversifier son alimentation.

Son équipe a par ailleurs fait une découverte étonnante: les longs polyphénols seraient plus efficaces que l'on croyait. «Ces molécules se divisent en trois catégories: les petites, les moyennes et les longues. On savait que, contrairement aux petits et aux moyens polyphénols, les longs n'arrivent pas à pénétrer les cellules de l'intestin grêle, mais exercent leur action surtout dans le gros intestin. Cependant, nous avons remarqué qu'en réagissant simplement avec la paroi de l'intestin grêle ils lancent un message à la cellule, l'invitant à altérer son métabolisme.»

Le Dr Levy et ses collègues poursuivent actuellement l'étude des effets des polyphénols sur des modèles animaux représentant différentes maladies. Le professeur espère pouvoir le faire prochainement chez l'humain. «Le stress oxydatif et l'inflammation sont au carrefour de toutes les affections complexes, comme les maladies cardiovasculaires et le cancer, rappelle-t-il. Serait-on capable, avec un nutriment fonctionnel comme le polyphénol, de réduire les doses de médicaments et par le fait même leurs effets secondaires?»

En collaboration avec l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels de l'Université Laval et certaines compagnies pharmaceutiques spécialisée dans les nutriments, dont AppleBoost, le Dr Levy souhaite faire de la prévention et guérir par la nutrition. «On pourrait un jour en arriver à recommander à des patients de prendre à la fois leur médicament et un certain nombres de fruits au quotidien. S'ils ne peuvent consommer des fruits frais – ce qui est toujours meilleur – en raison d'une incapacité à digérer les fibres, on leur fournirait des suppléments préparés minutieusement par des compagnies. Les techniques d'extraction font des merveilles aujourd'hui, car nous arrivons à conserver l'intégrité des polyphénols. Ce mariage entre le médicament et le nutriment serait un mariage de raison, mais il serait sans doute extrêmement bénéfique pour les patients.»

Marie Lambert-Chan