La bande-annonce, un art en soi

  • Forum
  • Le 1 avril 2013

  • Marie Lambert-Chan

Le montage créatif des bandes-annnonces suscite chez le spectateur une «nostalgie du prochainement».La portion de bandes-annonces qui précède la projection d'un film au cinéma est un mal nécessaire pour certains spectateurs. Pas pour Gabriel Petit, sur qui elles exercent une intense fascination. «Au cours de ma vie, je pense avoir vu plus de bandes-annonces que de films», mentionne-t-il.

 

Il était donc tout naturel qu'il leur consacre un mémoire. «On les perçoit comme des films publicitaires qui répètent la même recette. Mes recherches démontrent qu'au contraire la complexité du remontage rend chaque bande-annonce unique. C'est un art en soi», estime le diplômé du Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'Université de Montréal.

Selon les conclusions de son mémoire, dirigé par le professeur Germain Lacasse, la bande-annonce est un film amplifié. Autrement dit, elle doit être meilleure que le long métrage lui-même, «ce qui est d'ailleurs la règle d'or des concepteurs de bandes-annonces hollywoodiennes depuis la période classique», signale Gabriel Petit. Cela explique pourquoi on y trouve pratiquement toujours les meilleures parties du film, une critique souvent formulée à l'égard des bandes-annonces.

«Le secret des films-annonces, c'est qu'on y crée de toutes pièces des moments esthétiquement et émotionnellement chargés qui, une fois combinés, se révèlent plus intenses que le long métrage original», affirme-t-il.

Gabriel Petit a analysé les bandes-annonces des films Gangs of New York, 500 Days of Summer et La neuvaine. Il a également inclus dans son corpus les prébandes-annonces – communément appelées «teasers» – de 300 et de The Curious Case of Benjamin Button.

Il a remarqué que toutes ces bandes-annonces proposent au spectateur une expérience totalement distincte de leurs longs métrages respectifs à l'aide d'une surcharge dramatique et esthétique, de pics émotionnels et d'une musique omniprésente.

Gabriel PetitDans certains cas, cette emphase est flagrante. Par exemple, le film-annonce de Gangs of New York se termine par un montage frénétique de différents épisodes de bataille n'ayant aucun lien entre eux, entrecoupés de scènes romantiques. Gabriel Petit écrit à ce sujet: «Tous ces éléments font en sorte que le long métrage de Martin Scorsese est reconstruit de manière tellement complexe qu'on ne peut pas envisager la bande-annonce comme un simple condensé ou un résumé du film. Le montage orchestre de multiples associations d'images qui n'existent que dans l'espace précis de la bande-annonce et le visionnement du long métrage ne permet pas d'avoir accès à tous ces moments imaginaires.»

À l'inverse, le film-annonce de La neuvaine fait appel à un remontage plus subtil. Son rythme est plus lent: on y voit trois fois moins de plans que dans celui de The Curious Case of Benjamin Button. L'histoire n'est pas résumée par un narrateur omniscient ou par un assemblage de répliques. Le récit est plutôt suggéré par des questions que se pose le personnage principal. Mais au final, observe Gabriel Petit, les scènes sont toutes esthétiquement amplifiées afin de laisser une impression forte au cinéphile, ce que recherche toute bonne bande-annonce.

Attraction et nostalgie

Selon les recherches de Gabriel Petit, le montage créatif des bandes-annonces exerce chez le spectateur une attraction et suscite une «nostalgie du prochainement».

«L'attraction se manifeste par un montage qui tente d'aller chercher le spectateur jusqu'à son siège par un rythme ultrarapide qui lie des images disparates et par une survalorisation esthétique», souligne-t-il. Il donne en exemple la bande-annonce du film 300, où il n'y a qu'un fil narratif minimal. «On mise essentiellement sur l'exhibition de plans spectaculaires», analyse-t-il.

La «nostalgie du prochainement» est une théorie du professeur de cinéma suisse Vinzenz Hediger. «Selon lui, la bande-annonce a des standards bien définis qui interpellent la mémoire filmique du public, explique M. Petit. Elle donne envie au spectateur de voir un film qu'il ne connait pas tout en lui suggérant des moments semblables qu'il aurait vus et appréciés dans d'autres longs métrages du même genre.»

Malgré les critiques à son endroit, la bande-annonce aurait de beaux jours devant elle, croit Gabriel Petit. «C'est un support qui a un pouvoir d'évocation puissant. La preuve en est qu'on l'utilise maintenant pour promouvoir des livres, des jeux vidéos et même des pièces de théâtre.»

Marie Lambert-Chan