Médias sociaux: quand le public et le privé s'entremêlent

  • Forum
  • Le 2 avril 2013

  • Dominique Nancy

La popularité de Facebook et des autres médias sociaux est phénoménale. On compte au Canada quelque 18 millions d'usagers juste pour Facebook et le nombre de ses abonnés a atteint en 2012 le milliard à l'échelle mondiale. Aux yeux de plusieurs, ces médias permettent de tenir facilement relations et amis au fait de ses activités, mais pas nécessairement de nouer des amitiés profondes. Certains croient même qu'ils nous rendent moins sociables.

 

«On peut devenir accro aux médias sociaux au détriment des rencontres authentiques, mais n'en accusons pas la technologie», affirme Milton Campos, professeur au Département de communication de l'Université de Montréal. À son avis, le vrai problème est qu'Internet fait disparaitre la distinction entre le domaine public et le domaine privé. «Sur une plateforme sociale, le privé devient public et les usagers ne sont pas toujours conscients des risques relatifs à la confidentialité, indique-t-il. Ils pensent que l'information personnelle qu'ils ne rendent pas accessible est cachée, mais ils ont tort. Par exemple, leurs habitudes d'utilisation peuvent être connues. Il n'y a pas de confidentialité dans les réseaux numériques.»

Pour Milton Campos, les utilisateurs sont souvent inconscients de leur vulnérabilité. «Lorsqu'ils embarquent dans le monde du réseautage, ils ne savent généralement pas que quelqu'un va gagner de l'argent grâce à leurs activités sur la plateforme.» Ce qui l'amène à dire que la communication collective à l'ère de Facebook, Twitter et LinkedIn est un besoin devenu marchandise. «De nombreux outils sur le Web sont des machines à sous et actuellement la tendance est aux données des usagers. D'un point de vue social, je trouve cela préoccupant, estime-t-il. On perd d'une certaine façon notre liberté.»

Pour le professeur Milton Campos, la meilleure façon de se protéger des risques potentiels liés aux médias sociaux est l’éducation.Miser sur l'éducation

Trop de gens confondent médias sociaux et réseaux sociaux, selon le professeur Campos. «Les médias sociaux renvoient à des plateformes permettant d'établir des conversations et des interactions sociales sur Internet ou en situation de mobilité, explique-t-il. Les réseaux, pour leur part, sont des collectifs humains de taille variable qui partagent des connaissances et des valeurs.»

Depuis son doctorat en psychologie à l'Université de São Paulo de 1993 à 1996, Milton Campos scrute les diverses façons de communiquer des gens pour tenter d'approfondir la compréhension du phénomène. De son propre aveu, l'auteur de plusieurs articles scientifiques sur la communication en réseau et de L'intégration des forums de discussion dans l'enseignement supérieur, un ouvrage publié par le Centre d'études et de formation en enseignement supérieur de l'UdeM, admet ne pas être adepte des médias sociaux. Mais il suit de près cette tendance.

De son temps, le professeur a rendu ses plans de cours et des notes accessibles à ses étudiants au moyen de leur cellulaire. «Je ne suis pas contre la technologie, précise-t-il. J'ai des amis partout sur la planète et j'aime pouvoir communiquer rapidement avec eux peu importe la distance. Mais très souvent, les médias sociaux colonisent économiquement les interactions personnelles sans que les usagers s'en aperçoivent.»

Il rappelle également que de récentes études sur les habitudes d'information des jeunes permettent de comprendre comment ceux-ci se détachent des médias traditionnels pour s'abreuver à de nouveaux canaux, comme les médias sociaux, qui développent chez eux «un sens diminué de l'autre». Autre propension? Selon un sondage mené en mars 2010 par Léger Marketing, 90 % des entreprises canadiennes utiliseraient les médias sociaux pour joindre les consommateurs. La stratégie serait même employée par les compagnies pharmaceutiques. «Pour qu'un produit se vende et qu'une marque se distingue, il faut d'abord que le besoin se fasse sentir et il est inquiétant de réaliser que les médias sociaux créent des besoins auparavant inexistants», souligne Milton Campos.

Pour protéger les usagers, il faut d'après lui miser sur l'éducation. «Il faut informer les parents et les jeunes des avantages du réseautage social, mais aussi des risques potentiels liés aux médias sociaux, signale-t-il. Et surtout ne pas oublier qu'il s'agit de médias hybrides dans lesquels le privé et le public sont mêlés.»

Dominique Nancy

 

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