À l'ère de l'informatisation du crime

Les policiers sont mieux équipés qu’avant pour lutter contre le cybercrime.Aujourd'hui, dans la presque totalité des crimes, il y a une composante Internet. Que ce soit dans un cas de vol, d'intimidation, de pornographie juvénile, de diffamation, d'usurpation d'identité, de meurtre ou même de fusillade en milieu scolaire, il y a toujours un moment où Internet a été utilisé.

 

Ce qui fait dire à Francis Fortin, doctorant à l'École de criminologie de l'Université de Montréal, que nous sommes rendus à l'ère de l'«informatisation du crime».

Si le réseau des réseaux a complètement changé nos vies, on peut affirmer sans exagérer qu'il a aussi modifié considérablement le monde du crime et, par le fait même, celui des enquêtes policières. «Même les crimes les plus traditionnels possèdent à présent un volet techno. Prenons l'exemple du vandalisme, un méfait classique par excellence. De nos jours, le vandale ne se contentera pas de saccager, il va se filmer ou se faire filmer en pleine action. Cela s'observe aussi dans les crimes plus graves, où l'on peut trouver dans certains cas des éléments de preuve dans les réseaux sociaux et ainsi de suite», constate M. Fortin, qui travaille depuis 12 ans dans le domaine de la sécurité et des enquêtes dans Internet.

Pour comprendre toutes les implications de la révolution Web en criminologie, Francis Fortin vient de publier un ouvrage de référence, Cybercriminalité: entre inconduite et crime organisé, aux Presses internationales Polytechnique. Sur près de 400 pages, ce livre brosse un tableau quasi exhaustif de la question, abordant la plupart des nouvelles problématiques. «À ma connaissance, il s'agit du premier ouvrage de ce genre en langue française», déclare M. Fortin, qui a reçu l'appui de la Sûreté du Québec dans ce projet.

Pour rédiger ce livre, M. Fortin a fait appel à des auteurs issus des milieux gouvernemental, policier et universitaire, tous considérés comme des experts des thèmes étudiés. Les diplômés et les professeurs de l'École de criminologie de l'UdeM y signent la majorité des textes. Parmi les collaborateurs, notons la présence de Benoît Dupont, professeur titulaire et directeur du Centre international de criminologie comparée, et de Jean-Pierre Guay, professeur agrégé et chercheur titulaire à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal.

S'adressant aux étudiants, policiers et procureurs, l'ouvrage se penche sur les usages problématiques d'Internet (atteinte à la réputation), les crimes touchant l'intégrité physique et psychologique de la personne (leurre, pornographie juvénile et cyberintimidation), les crimes économiques (vol d'identité, piratage et fraude), les crimes contre la collectivité (menace de fusillade, propagande haineuse, recrutement de membres pour groupes criminalisés) et les tendances à surveiller. «Tous les sujets sont traités de façon neutre, même les plus émotifs, comme la pornographie juvénile. Pour nous, il était important de ne pas émettre d'opinions», explique M. Fortin, aussi chargé de cours à l'École de criminologie ainsi qu'au certificat en cyberenquête à Polytechnique Montréal.

À lire cet ouvrage, on pourrait croire que la lutte contre le cybercrime est perdue d'avance, tellement la Toile est vaste et impossible à surveiller. Or, M. Fortin voit les choses autrement. «Il y a 10 ou 15 ans, Internet était le Far West. Le matériel de pornographie juvénile, pour prendre un exemple, circulait sans entraves, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. De nombreux outils existent pour contrer ce genre de crime», mentionne-t-il.

Selon M. Fortin, le principal obstacle dans la lutte contre la cybercriminalité reste, assez étonnamment, la crédulité des gens. «Imaginez, il y a encore des internautes qui répondent à des pourriels! Même si, au total, la quantité de gens qui tombent dans le piège n'est pas très importante, cette proportion demeure assez grande pour que ce crime profite aux fraudeurs. Il y a constamment de l'éducation à faire», conclut-il.

Simon Diotte
Collaboration spéciale

Francis Fortin, Cybercriminalité: entre inconduite et crime organisé, Montréal, Presses internationales Polytechnique, 2013, 366 pages.