Le feu sacré de l'enseignement

  • Forum
  • Le 8 avril 2013

  • Dominique Nancy

Plusieurs stagiaires travailleront au cours de l’été dans le laboratoire de formulation et d’analyse du médicament de la professeure Jeanne Leblond-Chain.Même si elle n'en laisse rien paraitre, Jeanne Leblond Chain, professeure à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal, a parfois des papillons dans l'estomac avant de donner ses cours. «La première fois que je me suis trouvée devant une soixantaine d'étudiants, j'ai eu le souffle coupé, raconte-t-elle en riant.

 

L'enseignement au Québec diffère beaucoup de celui en France, où les cours sont magistraux et les professeurs plus distants.»

L'approche québécoise plait davantage à la jeune femme de 33 ans, qui veut favoriser l'interaction avec ses étudiants. Rencontrée à son bureau du pavillon Jean-Coutu, où elle enseigne depuis deux ans, Mme Leblond Chain admet travailler beaucoup à l'élaboration et à la présentation de ses cours. «Je m'efforce de conjuguer recherche et enseignement et de transmettre non seulement mes connaissances mais aussi mon enthousiasme pour la discipline, dit-elle. C'est pour moi un beau défi à relever.»

Dans cette optique, la professeure n'hésite pas à recourir à des initiatives pédagogiques comme la rétroaction durant le trimestre afin d'améliorer son enseignement et d'adapter les contenus de ses cours en fonction des besoins de la clientèle. «Cette démarche, encore peu généralisée à l'Université, permet à l'enseignant de vérifier l'efficacité de ses méthodes pédagogiques, l'organisation de son cours, son contenu, etc., et de faire les modifications qui s'imposent avant la fin de la session, explique Mme Leblond Chain. Les étudiants peuvent ainsi profiter des améliorations apportées à la suite de leurs suggestions.»

Des médicaments munis de GPS

Son engagement dans l'enseignement de la discipline ne se limite pas qu'aux activités pédagogiques. À celles-ci s'ajoutent des projets de recherche et la présentation de ses travaux à différents congrès et conférences. La jolie blonde aux yeux rieurs assume également avec le professeur Grégoire Leclair la direction de la plateforme de biopharmacie, qui offre des services de soutien à la recherche pour les laboratoires universitaires et industriels.

Pour Mme Leblond Chain, enseignement et recherche sont intimement liés et une formation de qualité n'est possible que si elle est étroitement associée à des activités de recherche. «Mes travaux portent sur la vectorisation, c'est-à-dire les façons d'amener un médicament à son site d'action. Par exemple, lorsqu'une molécule n'est pas optimale, on propose une solution technologique pour lui permettre de voyager dans le corps jusqu'à l'organe ciblé. Grâce à nos systèmes de vectorisation, c'est comme si le médicament était dans une voiture munie d'un GPS. Avec l'adresse de la destination, soit une tumeur, le médicament peut se rendre au bon endroit.»

Mère de deux jeunes enfants et chercheuse infatigable, Jeanne Leblond Chain avoue travailler tard le soir. Mais elle se réserve toujours du temps pour les amis, les randonnées en plein air, le ski alpin, les voyages et le théâtre. «On aime vivre au Québec. On y apprécie la qualité de vie, les gens et la lumière extérieure qui permet de faire des activités dehors même en hiver. À Paris, c'est gris et il pleut souvent.»

À la recherche... d'étudiants!

Après des études de doctorat à l'Université Paris-Descartes consacrées à la fabrication de molécules aptes à transporter des gènes, Jeanne Leblond Chain entreprend en 2006 un stage postdoctoral à la Faculté de pharmacie de l'UdeM sous la direction du professeur Jean-Christophe Leroux. «J'ai déménagé à Montréal avec mon conjoint, un ingénieur de formation, sans aucune idée de la durée de notre séjour. Nous avions le gout de vivre une expérience à l'étranger.» Deux ans plus tard, elle devient associée de recherche. Puis, en janvier 2011, l'Université l'engage comme professeure adjointe en analyse pharmaceutique.

À titre de jeune professeure, elle confie que les premières années d'une carrière universitaire sont très exigeantes. «On doit monter son laboratoire, obtenir des subventions, préparer ses cours, recruter des étudiants aux 2e et 3e cycles et publier des travaux de recherche», explique la chercheuse qui a déjà plus de 12 publications et un chapitre de livre à son actif. Elle a récemment obtenu du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada une subvention de 175 000 $ sur cinq ans. Elle supervise actuellement trois étudiants aux cycles supérieurs et plusieurs stagiaires se joindront à son équipe au cours de l'été.

Avis aux intéressés: Jeanne Leblond Chain est à la recherche d'autres étudiants qui aimeraient entreprendre des travaux de maitrise ou de doctorat dans le domaine de l'analyse du médicament et de ses métabolites. Les candidats peuvent proposer leur propre projet de recherche ou s'intégrer aux activités en cours dans son laboratoire de formulation et d'analyse du médicament.

Dominique Nancy