Kim Thúy, l'auteure assouvie

  • Forum
  • Le 15 avril 2013

  • Dominique Nancy

Mãn raconte l'existence d'une immigrante vietnamienne arrivée au Québec à l'âge adulte après s'être mariée avec un Vietnamien déjà installé ici. Elle devient chef cuisinière dans un restaurant qui connait un immense succès. Son destin s'entremêle avec doigté à celui d'autres personnages issus de l'immigration.

 

Le troisième roman de Kim Thúy a été accueilli avec enthousiasme. À l'occasion de son lancement le 3 avril, une centaine de lecteurs se sont déplacés pour rencontrer l'écrivaine. Le Devoir et Le Nouvelliste, notamment, ont fait état de son talent. Chez Mme Thúy le style, la poésie et la profondeur sont étroitement mêlés, indiscernables, comme seule la vraie littérature peut en donner l'exemple. Dotée d'une impressionnante vitalité, sa plume sonde les âmes et surtout, comme le soulignait Le Huffington Post Québec, nous fait «découvrir le Viet Nam à travers son histoire, son vocabulaire, sa nourriture et ses coutumes».

«Je suis comme un témoin de Jéhovah qui frappe à la porte de tout le monde pour transmettre ce que j'aime et ce qui me touche», dit en riant l'auteure et diplômée du Département de linguistique et de traduction (1990) et de la Faculté de droit (1993) de l'Université de Montréal.

Kim ThúyRomantique dans l'âme

Née à Saigon en 1968 pendant l'offensive du Têt, Kim Thûy quitte le Vietnam à l'âge de 10 ans avec ses parents et ses deux frères pour fuir la répression. L'aventure débute dans la cale d'un bateau, se poursuit dans un camp de réfugiés en Malaisie pour se terminer au Québec, où elle vit depuis.

Avant de se consacrer à l'écriture, Kim Thúy a exercé 36 métiers, dont ceux de couturière, d'interprète et d'avocate. Elle publie en 2009, à l'âge de 41 ans, son premier roman. Dans Ru (qui signifie «berceuse» en vietnamien), Mme Thúy raconte son itinéraire et celui d'autres réfugiés vietnamiens. Un récit émouvant qui remporte un succès immédiat: 120 000 exemplaires vendus seulement au Québec. Ru a été traduit depuis en une quinzaine de langues.

Sa réaction: «Stupéfaction. J'avais l'impression de vivre un rêve», confie Mme Thúy, qui a reçu cinq distinctions littéraires pour cette autobiographie, dont le Prix du Gouverneur général.

En 2011, elle publie son deuxième livre, À toi, que cosigne l'écrivain franco-suisse Pascal Janovjak. Il s'agit en fait d'un échange de courriels entre les deux écrivains, aussi passionnés l'un que l'autre par l'écriture. On peut y lire des réflexions, on y parle du quotidien et des souvenirs avec une grande sensibilité et beaucoup d'humour.

Mãn est son plus récent roman, paru aux Éditions Libre Expression. Amoureuse des mots, Kim Thúy écrit dans sa langue seconde, le français, devenu pour elle sa langue d'expression. Avant de devenir écrivaine, cette mère de deux enfants a aussi été restauratrice, comme le personnage principal de l'histoire. Mais là s'arrête la ressemblance! Mãn est une «vraie» fiction.

L'auteure admet toutefois qu'elle ne pourrait écrire sur quelque chose qu'elle ne connait pas. Épicurienne, elle doit sentir, toucher, gouter et voir pour pleinement apprécier. «Je puise dans mes souvenirs et ceux des autres, explique-t-elle. Je m'inspire des odeurs, de la saveur d'un fruit exotique, de ma propre expérience de restauratrice...» Le tout est minutieusement ficelé, poétique et très romantique. La signature de Kim Thúy.

«Mãn, c'est l'apprentissage du mot “aimer” pour donner suite à la définition du verbe “vivre” de À toi et à la conjugaison de “survivre” de Ru», peut-on lire sur le site de l'éditeur.

Les futurs projets de Kim Thúy? Il y en a plein. Mais pour l'instant, elle flotte, portée par la grâce de ses succès, multipliant les voyages et les entrevues. Jointe à sa résidence à Longueuil, elle se dit ravie par la tournure des évènements. «Je suis assouvie, comblée», affirme-t-elle.

Tiens, un autre trait qu'elle partage avec son personnage principal...

Dominique Nancy

 

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