Les larmes coulent dans le shaputuan

  • Forum
  • Le 15 avril 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

De gauche à droite, Agathe Napess, Georgette Mestokosho et Julie MollenOriginaire de la communauté innue de Mingan, Agathe Napess a fréquenté le pensionnat autochtone de Maliotenam, sur la Côte-Nord, pendant plusieurs années et cette expérience s'est avérée non seulement traumatisante pour elle, mais dramatique pour sa jeune sœur, Marietta, qui est morte au terme d'un coup de froid. «Nous ne l'avons su que plusieurs mois après.

 

Les autorités nous l'avait caché», a-t-elle raconté sous le shaputuan au deuxième jour de la Semaine de rencontres autochtones, le 9 avril dernier.

Traduits par sa nièce Rita Mestokosho, les propos de Mme Napess étaient entrecoupés de sanglots. «C'est la première fois que ma tante relate publiquement ses souvenirs du pensionnat», a mentionné Mme Mestokosho, également très ébranlée.

Comme l'avait rappelé au même endroit, la veille, l'Abénaquise Nicole O'Bomsawin, anthropologue originaire d'Odanak, les pensionnats autochtones ont profondément bouleversé les membres des Premières Nations. Durant plus d'un siècle, ces écoles ont séquestré les enfants autochtones arrachés de leurs familles, parfois manu militari par des agents de la Gendarmerie royale du Canada. Résultant d'une politique d'assimilation avouée, le système consistait à «tuer l'Indien» en eux pour en faire des citoyens «émancipés». Dans ces établissements, le seul fait de parler leur langue maternelle pouvait être sévèrement puni.

«Dès mon premier jour au pensionnat, on m'a coupé les cheveux et aspergé d'insecticide contre les poux. Avant de me donner un uniforme, on a pris mes vêtements pour les déposer dans une valise jusqu'au printemps suivant, a expliqué Julie Mollen. Je ne peux pas décrire mon émotion lorsque j'ai retrouvé ma famille après cette première année. Je peux dire en tout cas que ma vie a basculé.»

Témoignage bouleversant

Plus de 40 personnes avaient pris place sous la tente chauffée par un four à bois, qui abritait une salle de cours plutôt inusitée, d'où se dégageait une odeur de sapinage et de banique (pain sans levure faisant partie de l'alimentation traditionnelle autochtone). Parmi elles, une trentaine d'auditeurs étaient inscrits au cours Système politique québécois, du Département de science politique. Le plan de cours prévoyait ce jour-là un exposé sur les relations avec les autochtones, et les étudiants avaient été invités à se diriger vers le shaputuan.

Le chargé de cours, Martin Normand, affirme que le témoignage des femmes venues de la Côte-Nord avait un caractère authentique inestimable. «C'était une présentation bouleversante. Pour mes étudiants, c'était beaucoup mieux que n'importe quel exposé magistral», a-t-il déclaré à Forum.

Le chargé de projet de la Semaine de rencontres autochtones, Jérémie Meunier, dressait un bilan positif de cette première. «Le shaputuan est rempli à chaque activité. Nous accueillons des participants de plusieurs unités. C'est un succès sur presque toute la ligne.»

Mathieu-Robert Sauvé

 

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