Portrait du Grand Nord québécois: le Nunavik

Des chercheurs qui sont familiarisés avec le travail dans le Grand Nord ont rappelé qu’établir une véritable communication avec les autochtones demande du temps. Et qu’il n’est pas simple non plus de savoir avec qui faire affaire!Avec ses abondantes ressources minières et hydrauliques, le Nord-du-Québec suscite de plus en plus la convoitise des industriels, qui veulent en exploiter ses richesses, mais aussi des chercheurs de la communauté universitaire, qui désirent approfondir leurs connaissances sur ce territoire méconnu des Québécois.

 

Toutefois, la recherche au nord du 55e parallèle, dans cette vaste région du Québec qu'on appelle le Nunavik, représente tout un défi, tant les enjeux logistiques et culturels diffèrent de ceux dans le reste de la province.

Pour y voir plus clair, Pierre Desrosiers, archéologue à l'Institut culturel Avataq, organisme qui fait la promotion de la culture inuite, a tracé un tableau succinct de cette région d'une superficie de 500 000 kilomètres carrés – l'équivalent de la taille de l'Espagne – au cours du Colloque sur la recherche dans le Grand Nord, qui se tenait le 3 avril à l'Université de Montréal.

Le Nunavik compte 14 villages, qui abritent de 200 à 2000 habitants, peuplés à majorité par des Inuits, pour une population totale de 11 000 personnes. Celle-ci est en forte croissance en raison d'un taux de natalité nettement supérieur à la moyenne québécoise. «Là-bas, la famille typique comprend un père, souvent absent, une mère, 3,5 enfants et un chercheur», a lancé avec humour Pierre Desrosiers. Cette boutade traduit une réalité: l'abondance des chercheurs de tout acabit est devenue une source d'irritants pour beaucoup de Nunavikois. D'où l'importance de bien préparer le terrain avant de s'y rendre.

Selon M. Desrosiers, ce qui frappe à première vue dans le Grand Nord, c'est la pauvreté. «Il existe une grande disparité de revenus d'une famille à l'autre. Il y a des gens qui vivent dans l'indigence, alors que d'autres roulent en Hummer», s'étonne toujours celui qui travaille avec les Inuits depuis plus de 10 ans.

Miraculeusement préservée dans cette partie du monde, l'inuktitut constitue la langue dominante, tandis que l'anglais fait office de langue seconde et le français de troisième langue. «Toutefois, sachez que les habitants du Nord affichent plus d'ouverture qu'on le pense envers le Québec et la langue française», a tenu à préciser M. Desrosiers.

Voyager dans l'extrême nord du Québec, qui ne possède aucune connexion routière avec le reste du territoire, ampute rapidement un budget de recherche. Il faut débourser environ 3000 $ pour un billet d'avion, 300 $ par nuit pour une chambre d'hôtel (petit déjeuner non inclus) et les denrées alimentaires coutent trois fois plus cher que dans le Sud. «Pour économiser, il y a possibilité de dormir dans les familles, ce qui peut s'avérer une expérience très enrichissante», a conclu M. Desrosiers.

Simon Diotte
Collaboration spéciale

 

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