Recherche: surmonter les obstacles du Grand Nord

Les chercheurs qui travaillent dans le Nord-du-Québec doivent surmonter une multitude d'obstacles: cout astronomique du transport aérien et de l'hébergement, fossé culturel entre Blancs et autochtones, complexité dans la planification des expéditions, etc.

 

Et ce n'est pas tout: ils se heurtent à la lassitude des communautés inuites, qui n'en peuvent plus de répondre aux questions des scientifiques. Dans ce contexte, faire de la recherche au Nunavik, cette région québécoise située au nord du 55e parallèle, constitue un défi de taille.

Plusieurs chercheurs ont profité du Colloque sur la recherche dans le Grand Nord, organisé le 3 avril à l'Université de Montréal, pour témoigner de leurs expériences, positives et négatives, dans cette région du Québec. Le but de la rencontre, organisée par le Vice-rectorat à la recherche, à la création et à l'innovation ainsi que par le Bureau Recherche-Développement-Valorisation (BRDV), et plus précisément par son conseiller principal Pierre Patenaude, était de réfléchir sur les enjeux concernant la recherche universitaire dans les sociétés nordiques. Les participants ont aussi pu assister à des présentations de Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, et de Paul Bélanger, directeur adjoint à l'Institut de la santé des autochtones.

Surtout, deux tables rondes ont mis en lumière les nombreux défis que doivent relever les chercheurs dans le Grand Nord. Pierre de Coninck, professeur à l'École de design industriel, a souligné qu'il existe un grand roulement de personnel au sein des organisations du Nunavik, d'où la difficulté de nouer des partenariats efficaces. «Il faut également composer avec un calendrier complètement différent de celui que nous connaissons dans le Sud. Si un troupeau de caribous s'aventure près d'un village, tous les participants déserteront votre rencontre, même si cela vous a pris plusieurs mois à l'organiser», a-t-il mentionné.

L'organisation sociale diffère en outre de la nôtre. D'où la question: avec qui doit-on faire affaire? Administration régionale Kativik, Société Makivik, Parcs Nunavik, conseil de bande, il y a de quoi en perdre son latin. «Ce qui complexifie la chose, c'est que les tensions sont nombreuses à l'intérieur des communautés. Parfois, on pense qu'on a les bons interlocuteurs, mais ce n'est pas le cas», a affirmé Pierre Haddad, professeur au Département de pharmacologie. Tous les panélistes s'accordent sur un point: entrer en communication avec la population locale demande du temps. «Ce contact ne peut se faire uniquement au téléphone», a ajouté M. de Coninck.

Nicholas Ogden, Marc Amyot et Pierre Haddad ont relaté leurs expériences de travail au Nunavik.De plus, il ne faut pas sous-estimer les différences culturelles. Même si les Inuits et les Cris habitent le Québec, leur vision du monde est totalement différente de la nôtre. «Au début, quand je leur posais des questions, ils me répondaient en racontant des histoires de chasse. Je perdais patience. Or, c'est leur manière à eux de communiquer», a raconté M. Haddad.

Chez les Inuits, la frustration est vive envers les scientifiques, qui les interrogent, profitent de leur savoir-faire traditionnel, puis quittent le territoire sans redonner de nouvelles. Pour contrer ce sentiment, Pierre Desrosiers, archéologue à l'Institut culturel Avataq, suggère aux chercheurs de participer aux émissions de la radio communautaire, très importante là-bas, pour diffuser les résultats de leurs travaux. D'autres chercheurs proposent d'inviter des représentants du Nord dans le sud de la province. «Ça permet de tisser des liens solides», a déclaré Marc Amyot, professeur au Département de sciences biologiques.

Pour Mylène Jaccoud, professeure à l'École de criminologie, la solution pour une meilleure relation avec les sociétés nordiques passe par la recherche militante, qui vise non seulement l'acquisition de connaissances, mais le mieux-être des communautés. «Dans mon domaine, les Inuits ne veulent plus connaitre les causes de la violence conjugale, ils veulent y remédier», a expliqué la criminologue. Voilà quelques pistes de solution à étudier avant de se lancer dans un projet de recherche dans le Grand Nord.

Les personnes intéressées par ce colloque peuvent visionner les vidéos des présentations et des tables rondes sur le site Internet du BRDV.

Simon Diotte
Collaboration spéciale

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