Renforcez vos collaborations avec le Brésil!

Louise Potvin, Tony Leroux et Lourdes Rodriguez del Barrio sont emballés par leurs échanges avec leurs collègues brésiliens.Professeur à l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal, Tony Leroux poursuit depuis plusieurs années des travaux sur les problèmes d'audition des travailleurs agricoles exposés à l'effet combiné du bruit et de certains pesticides, les organophosphorés.

 Au Québec, où ces substances sont très répandues, après deux saisons sur le terrain, il ne pouvait compter que sur un maigre échantillon de sept ouvriers. «Les gens ne voulaient pas parler par crainte de représailles de la part des producteurs, explique-t-il. Au laboratoire, on a même reçu des menaces de mort.»

Heureusement, en 2007, M. Leroux a trouvé un partenaire brésilien. Grâce à la coopération de l'Université fédérale du Paraná, son équipe est parvenue à recruter une soixantaine de travailleurs de la région du Rio Azul dont la majorité sont employés dans la culture du tabac. «Les conséquences ont été extrêmement positives», a dit M. Leroux à l'occasion de l'atelier «Développez vos collaborations au Brésil», organisé par la Direction des relations internationales de l'UdeM le 4 avril. «Il y a eu un partage d'expertises, des retombées scientifiques importantes et un intérêt accru de la part de nos partenaires vis-à-vis des programmes d'échanges avec la Faculté de médecine.»

En 2002, moins de 50 étudiants brésiliens étaient inscrits à l'Université de Montréal. Onze ans plus tard, on en compte quatre fois plus. La présence de ces jeunes Sud-Américains sur le campus a contribué à stimuler les relations de l'établissement avec les universités brésiliennes, car, contrairement aux étudiants africains par exemple, les doctorants de Rio de Janeiro ou de São Paulo retournent dans leur pays, généralement pour y enseigner. À l'instar de M. Leroux, plusieurs professeurs ont pu mettre à profit leurs liens avec leurs anciens étudiants pour établir la «convergence» nécessaire à la mise en œuvre de projets communs. Les affinités culturelles ont fait le reste.

Si bien qu'en 2013 le Brésil se trouve au sommet des priorités de l'UdeM à l'échelle internationale. «Après la Chine, le Brésil est le pays émergent dont le système d'enseignement supérieur enregistre la plus forte croissance, un pays également en tête de file pour la recherche», a signalé aux participants de l'atelier Hélène David, vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels.

Dans son mot de bienvenue, Mme David a rappelé à quel point l'UdeM a élargi son réseau de partenaires dans le pays de Lula da Silva au cours des cinq dernières années. «Nous avons maintenant une douzaine d'accords-cadres et autant d'ententes sectorielles qui couvrent tous les domaines de la connaissance. Notre université est en outre l'une des universités canadiennes qui a mis sur pied les programmes d'échanges les plus féconds avec le Brésil.»

Au cours des deux tables rondes qui ont suivi, les panélistes se sont penchés sur les possibilités de financement des projets communs avec les universités brésiliennes et les collaborations déjà établies. Tous se sont entendus sur la grande proximité culturelle entre le Brésil et le Québec.

«En santé mentale, il y a une base théorique commune qui facilite la collaboration entre nous», a noté Lourdes Rodriguez del Barrio, professeure à l'École de service social et directrice de l'Alliance de recherche universités-communautés – Santé mentale et citoyenneté (ARUC), un projet réunissant 240 participants de quatre universités brésiliennes et quatre universités canadiennes (dont trois du Québec).

Comme le Québec, le Brésil a vécu une désinstitutionnalisation soutenue avec tous les défis que cela suppose. En mettant l'accent sur la recherche, la formation et l'innovation sociale, l'ARUC veut lutter contre l'exclusion des personnes vivant avec des problèmes graves de santé mentale. «Étant donné que nos pays se situent tous deux à l'avant-garde des politiques de communautarisation en santé mentale, la synergie s'opère sans difficulté», a observé Mme del Barrio.

«Le Brésil a fait énormément de progrès dans la lutte contre la pauvreté et à cet égard nous n'avons pas de leçons à donner», a ajouté Louise Potvin, professeure au Département de médecine sociale et préventive. Mme Potvin analysera trois pratiques innovantes en matière d'équité en santé mises en place auprès de populations vulnérables dans le nord-est du Brésil. «De nos jours, a-t-elle indiqué, on n'envisage plus l'innovation comme une voie unique allant du Nord vers le Sud. Dans le domaine de la santé publique, sur les déterminants sociaux, on a beaucoup à apprendre de nos partenaires brésiliens.»

« La seule ombre au tableau, c'est que nous n'envoyons pas assez de nos étudiants là-bas», a de son côté résumé Yves Guay, directeur des relations internationales, à la fin des discussions.

Pour remédier à la situation, la Faculté des arts et des sciences offre désormais un cours d'introduction au portugais et un cours multidisciplinaire sur le Brésil contemporain ouverts à tous les étudiants de l'UdeM, qui se dérouleront en partie à Montréal, mais surtout à Rio de Janeiro et à São Paulo en mai et juin prochains. Les participants à ces cours pourront d'ailleurs bénéficier d'une bourse de 1000 $ du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport. «Le Brésil, a conclu M. Guay, c'est un mot magique à l'UdeM!»

Hélène de Billy
Collaboration spéciale


 

L'UdeM recrute en portugais

Elle se prénomme Sirléia, est originaire de Belo Horizonte, dans le sud-est du Brésil, et a fait un doctorat en sciences de l'éducation à l'Université de Montréal. Devant un parterre couvert de neige, elle parle de son expérience chez nous. Comme la quinzaine de ses collègues sur le portail du minisite Web Estudar Na Université de Montréal, elle s'exprime en portugais.

C'est l'un des volets d'une campagne publicitaire qui fait partie de la nouvelle stratégie mise en place par le Service de l'admission et du recrutement de l'UdeM pour joindre les six millions d'étudiants actuellement inscrits dans le système d'enseignement supérieur brésilien. «On a décidé de faire les choses autrement», explique la directrice du service, Michèle Glémaud. C'est ainsi qu'est née une campagne axée principalement sur le Web et les médias sociaux. Oui, Facebook! «Après les États-Unis, précise Mme Glémaud, le Brésil est le pays où les réseaux sociaux sont le plus répandus.»

Son équipe a d'abord sollicité une cinquantaine de jeunes Brésiliens du campus. Pourquoi avoir choisi l'UdeM, leur a-t-on demandé, pourquoi avoir choisi le Québec? Charmée par le profil dynamique de ces étudiants, Mme Glémaud leur a proposé de devenir les ambassadeurs de l'Université de Montréal au Brésil. Outre la conception du minisite Web, des messages ont été diffusés sur le site du consulat du Brésil à Montréal et des médias brésiliens ont été mis à contribution.

Pour la prochaine étape de sa campagne sur le Web, l'UdeM compte faire appel aux professeurs. Entourés de leurs étudiants, ils seront appelés à parler de leurs activités et de leurs programmes de recherche. Les professeurs seront également invités à animer des séances d'information dans les grandes universités brésiliennes. L'objectif est simple, a conclu Mme Glémaud: «Il faut faire parler de nous.»

H.d.B.