Shaputuan, conférences et prestations artistiques traditionnelles autochtones

  • Forum
  • Le 15 avril 2013

  • Dominique Nancy

Sur la photo, M. Picard, le Dr Vollant, M. Breton, Mme Larouche et des membres de l’Institut Tshakapesh, qui a reçu une contribution financière du Secrétariat aux affaires autochtones pour la tenue de cette semaine de la rencontre Québécois-Autochtones.«Jamais, même dans mes rêves les plus fous, je n'aurais pu imaginer qu'un campement traditionnel innu soit un jour érigé en plein cœur du campus de l'Université de Montréal», a confié le Dr Stanley Vollant le 8 avril pendant son allocution à la cérémonie d'ouverture de la Semaine de rencontres autochtones.

 

Cette cérémonie a eu lieu en présence de Ghislain Picard, chef régional de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, d'Élizabeth Larouche, ministre déléguée aux Affaires autochtones du Québec, du recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, des représentants de communautés autochtones et de nombreux membres de la communauté de l'UdeM.

Pour l'occasion, des Innus de l'Institut Tshakapesh avaient installé leur grande tente, un shaputuan en langue innue, au-dessus du stationnement Louis-Colin. C'est sous cet abri amérindien que se sont déroulées, du 8 au 12 avril, la majorité des activités culturelles et d'enseignement mises sur pied afin de sensibiliser la communauté universitaire et les Montréalais des quartiers environnants à la culture, aux traditions et à la réalité actuelle des autochtones.

Au programme, entre autres, des prestations artistiques traditionnelles autochtones, des ateliers de médecine traditionnelle, des conférences, des présentations de courts métrages réalisés par des jeunes autochtones et des soirées de poésie et de contes innus.

Dans les conférences, plusieurs sujets d'importance ont été abordés, tels que les pensionnats, les besoins des étudiants autochtones, l'état de santé des Premières Nations, le droit et la condition des femmes autochtones ainsi que l'insertion professionnelle des jeunes Amérindiens.

Ce programme de l'Institut Tshakapesh a été présenté pour la première fois en milieu universitaire à l'initiative du Dr Vollant, premier médecin chirurgien autochtone du Québec et coordonnateur du volet sur la santé autochtone à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal.

Un fossé et des recherches

«La mémoire de notre campus est habitée par les autochtones. Si les premiers colons ont pu construire un pays ici, c'est grâce au savoir des peuples autochtones et à leur aide, a souligné M. Breton. Aujourd'hui pourtant, la distance reste grande entre les descendants de ces colons, nous, et les membres des Premières Nations.»

Ce «trop large fossé», comme le dit M. Breton, tente d'être comblé par des activités de recherche menées en collaboration avec des communautés autochtones. Le recteur a notamment cité en exemple les travaux des professeurs Alain Cuerrier et Pierre Haddad, respectivement des départements de sciences biologiques et de pharmacologie, qui étudient les propriétés des plantes médicinales utilisées traditionnellement par les Cris et les Innus. Il a aussi mentionné les travaux de Daniel Fortier, professeur au Département de géographie, qui s'intéresse au processus de dégradation du pergélisol, ainsi que ceux de Marie-Pierre Bousquet, qui enseigne au Département d'anthropologie et qui travaille avec les sociétés algonquiennes à créer du matériel pédagogique pour les jeunes Algonquins.

De son propre aveu, le recteur admet toutefois que, malgré la croissance de l'intérêt scientifique et l'engagement auprès des communautés autochtones, «il y a encore trop peu de professeurs, d'employés et surtout d'étudiants autochtones au sein de notre établissement».

Refusant de sombrer dans le défaitisme devant les statistiques, il fait sien l'adage selon lequel lorsqu'on se compare on se console. «La situation est sensiblement la même dans les autres universités canadiennes, a-t-il signalé. Seulement 8 % des autochtones âgés de 25 à 64 ans sont titulaires d'un diplôme universitaire, alors que dans la même tranche d'âge chez les autres Canadiens la proportion est quatre fois plus élevée, soit 32 %.»

À la clôture du shaputuan, la vice-rectrice aux affaires étudiantes et au développement durable, Louise Béliveau, a annoncé la création d'un comité permanent pour renforcer la présence autochtone sur le campus et un groupe de travail qui s'intéressera spécifiquement aux étudiants autochtones sera formé.

Dominique Nancy

 

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