Le Bixi fait croitre le gout du vélo chez les Montréalais

  • Forum
  • Le 22 avril 2013

  • Marie Lambert-Chan

La maladie du vélo est contagieuse et en croissance à Montréal. Et c’est un peu la faute aux Bixi.Les Montréalais habitant à 500 mètres et moins d'une station de Bixi sont plus enclins à enfourcher leur propre vélo ou l'un de ceux offerts en libre-service. Ce gout pour la bicyclette se serait véritablement installé après la deuxième année d'activité du Bixi, selon les résultats d'une étude menée par des chercheurs de l'Université de Montréal et publiée dans l'American Journal of Public Health.

 

Après la période de lancement du système de vélos en libre-service, du 4 mai au 10 juin 2009, les probabilités qu'un individu résidant à proximité d'une station de Bixi fasse du vélo étaient de 8 %. Au terme de la deuxième saison, à l'automne 2010, les chances étaient d'environ 16 %, soit le double. Les chercheurs ont obtenu ces résultats en tenant compte de certains facteurs comme les effets possibles de la météo et de l'environnement bâti sur la pratique du vélo.

«L'utilisation du Bixi a évolué dans le temps, mais n'est devenue statistiquement significative qu'après la deuxième année. C'est ce qu'on appelle l'effet de délai. La majorité des chercheurs ont observé qu'il faut un certain temps avant que l'influence de l'environnement bâti, en l'occurrence les points d'ancrage des Bixi, se fasse sentir. Les populations apprivoisent lentement de telles interventions», explique Daniel Fuller, premier auteur de cette étude réalisée pendant son doctorat. Il était alors supervisé par la professeure Lise Gauvin, du Département de médecine sociale et préventive de l'UdeM.

Les chercheurs ont effectué trois sondages auprès de 7000 personnes, soit avant la période de lancement des vélos en libre-service et à la fin de la première et de la deuxième saison. Ils les ont questionnées entre autres sur l'usage qu'elles faisaient de la bicyclette – utilitaire ou récréatif – et sur le temps accordé à ce mode de transport.

«Si l'ensemble de la population augmentait le temps alloué à l'activité physique de 0 à 10 minutes, les bénéfices seraient considérables sur la santé publique, mentionne M. Fuller. C'est pourquoi nous cherchions à savoir si les gens sondés avaient fait au moins 10 minutes de vélo pendant la semaine précédente.»

La présence des Bixi a de toute évidence créé un changement dans les habitudes de vie des Montréalais habitant à 500 mètres et moins d'une station de vélos en libre-service. «Après la deuxième saison, nous avons remarqué chez ces résidants une hausse du nombre de minutes d'utilisation hebdomadaire de la bicyclette qui représente de 20 à 40 % du temps minimal qui devrait être consacré chaque semaine à l'activité physique, selon les directives de l'Agence de santé publique du Canada», note celui qui est aujourd'hui chercheur postdoctoral à l'Université de la Saskatchewan.

En 2011, Daniel Fuller et ses collègues avaient dressé un portrait des utilisateurs du Bixi, qui révélait notamment que les femmes avaient autant recours que les hommes aux vélos en libre-service à des fins utilitaires et que l'usager moyen était âgé de 18 à 23 ans et avait fait des études universitaires.

Bien qu'il ne soit plus rattaché à l'UdeM, Daniel Fuller poursuivra sa collaboration avec ses anciens collègues afin d'étudier d'autres dimensions de l'influence des Bixi sur la vie des Montréalais. «Nous examinerons les risques de collisions entre les cyclistes et les véhicules depuis l'implantation du service, la possibilité que les usagers soient davantage exposés à la pollution atmosphérique et, enfin, les probabilités que les individus utilisent un Bixi pour se déplacer au lieu de leur voiture», rapporte le chercheur qui participe aussi à une étude internationale visant à mesurer les retombées des vélos en libre-service à Montréal, Toronto, Vancouver, Boston, Detroit, New York, Philadelphie et Chicago.

Marie Lambert-Chan