Les faucons pèlerins sont de retour à l'Université

  • Forum
  • Le 22 avril 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Horus, fils de Spirit et de Roger, dans toute sa menaçante splendeur…Le couple de faucons pèlerins qui avait élu domicile dans la tour de l'Université de Montréal est bel et bien de retour au nichoir aménagé à son intention en 2008 par la Direction des immeubles et une équipe de bénévoles. «On croyait les oiseaux déménagés à l'oratoire Saint-Joseph, mais la dernière tempête de neige de mars semble les avoir ramenés à l'endroit où ils nichent depuis quelques années», mentionne Ève Bélisle, associée de recherche au Centre de recherche en calcul thermochimique de Polytechnique Montréal et ornithologue amateur.

 

Mme Bélisle, surnommée «la marraine des faucons pèlerins», estime que les éclosions pourraient survenir vers la mi-mai. Étant donné qu'il n'y a pas de caméra installée à l'intérieur du nid, cette année on ignore le nombre d'œufs pondus, mais il pourrait y en avoir jusqu'à six. Dans le nichoir, le couple a au total donné naissance à six oisillons. Parmi ceux qui ont survécu, un couple incestueux (frère et sœur) a niché à l'échangeur Turcot, et ce phénomène rarement observé a donné lieu à une publication dans une revue savante, Journal of Raptor Research.

Roger (ainsi nommé en référence au nom du pavillon, Roger-Gaudry) et Spirit (un faucon né aux États-Unis qui s'est réfugié très jeune au Canada) sont les vedettes d'une téléréalité qui passionne bien des gens depuis qu'ils font l'objet d'un site Web conçu à l'initiative de Mme Bélisle et qui est suivi par plusieurs centaines de personnes: «Histoire de faucons à l'UdeM». Aussi mise à jour régulièrement, la page Facebook «Faucons de l'UdeM» fait état de chaque péripétie entourant la nidification. Le 14 avril, par exemple, un troisième faucon est venu se poser sur la tour; il a rapidement été pris en chasse. Le 4 avril, on a mis en ligne des photos de la ponte du premier œuf. Plus remarquable encore, Richard Dupuis a filmé, le 22 mars, l'accouplement des oiseaux. On peut voir le ballet aérien du mâle qui, au moment de la copulation, rétracte ses griffes pour éviter de blesser Spirit.

Pour les ornithologues, le retour des oiseaux de proie sur le campus représente un grand soulagement, car ils craignaient l'abandon du nid à la suite des réparations sur le revêtement du toit du pavillon de la tour, effectuées l'an dernier. Même si des précautions avaient été prises pour éviter d'effrayer les oiseaux, les échafaudages et la circulation humaine ont forcé les faucons à chercher un autre lieu de nidification en 2012. On sait qu'ils ont pondu l'an dernier dans une anfractuosité du toit de l'Oratoire, mais leurs œufs n'ont pas donné de rejetons viables. Le nid de cette espèce est rudimentaire; aussi la couvée est-elle plus sure lorsqu'elle se déroule dans un nichoir.

Actuellement en Australie, où elle fait une maitrise en informatique à l'Université du Queensland, à Brisbane, Ève Bélisle continue d'alimenter son blogue et elle peut même orienter à distance la caméra fixée sur le nichoir. Pas question d'abandonner ses protégés. Trois bénévoles assurent le suivi des opérations: Richard Dupuis, Paul Brunelle et Christophe Meyer. Les oisillons seront bagués avant qu'ils quittent le nid.

De plus en plus emblématiques de la tour de l'architecte Ernest Cormier, les faucons pèlerins, les oiseaux les plus rapides du monde, auront donc préféré la science à la foi. Ce détour par l'oratoire Saint-Joseph aura permis de rappeler la devise de l'UdeM: Fide splendet et scientia, «Elle rayonne par la foi et la science».

Mathieu-Robert Sauvé