Les lacs des Laurentides sont en santé, mais...

La chercheuse Mélissa Greene, au centre sur notre photo, au lac Rond, où les plantes aquatiques sont abondantes.La santé des lacs des Laurentides, où se trouve une forte concentration d'habitations, n'est pas encore compromise, mais plusieurs signes démontrent qu'elle décline. Si l'on ne fait pas attention, des épisodes de cyanobactéries, ces filaments communément appelés algues bleues et qui intoxiquent les plans d'eau, pourraient survenir à plus ou moins long terme. Voilà la conclusion du mémoire de Mélissa Greene, diplômée du Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal.

 

«Je n'ai rien contre le fait d'établir un domicile principal ou de bâtir un chalet sur les berges des lacs et je ne veux surtout pas être alarmiste. Toutefois, il est indéniable que la déforestation des rives constitue une menace pour la santé des lacs, qui connaissent alors un processus d'eutrophisation précoce. Autrement dit, ils vieillissent plus rapidement qu'ils devraient», explique la biologiste, qui a consacré trois ans à sa maitrise.

Codirigé par Antonella Cattaneo et Richard Carignan, son mémoire a étudié les effets de la construction résidentielle sur six lacs des Laurentides, situés à 80 kilomètres de Montréal, en se penchant sur la croissance des macrophytes, qui sont des plantes aquatiques visibles à l'œil nu. Trois des lacs étaient sauvages, tandis que les trois autres étaient entourés de nombreuses résidences, ce qui a permis d'établir une comparaison.

Dans les lacs à l'état sauvage (Violon, Denis et Croche), des branches et des troncs d'arbres morts jonchaient les berges, les sédiments au sol étaient moins compactés et la quantité de plantes aquatiques submergées et de matière organique était faible. Dans les lacs environnés de maisons (Beaulac, Guindon et Rond), les plantes aquatiques submergées étaient, au contraire, très abondantes, la biomasse des végétaux était donc beaucoup plus grande, les branches et autres résidus d'arbres avaient disparu des berges tandis que les sédiments au sol étaient plus compacts.

Ces différences s'expliquent par la disparition, dans les lacs non sauvages, de la bande riveraine de forêt, qui agit comme filtre en empêchant l'accumulation trop rapide de nutriments dans l'eau. Sans cette barrière naturelle, l'azote et le phosphore ruissellent directement dans les plans d'eau, nourrissant les plantes submergées. «Un jour, ces plantes-là ne pourront plus capter cette surabondance de nutriments. Ce sont alors les phytoplanctons, des organismes microscopiques vivant dans l'eau, qui vont s'en nourrir. Le problème, c'est que leur prolifération produit à la longue des fleurs d'eau qui contiennent souvent des cyanobactéries», fait observer Mme Greene.

Il ne sert donc à rien, comme plusieurs villégiateurs le pensent, d'arracher les plantes aquatiques submergées pour résoudre le problème. «Elles ne sont pas responsables de la pollution des lacs, elles en sont plutôt le symptôme. Elles nous servent d'indicateur quant à l'état de santé des plans d'eau», dit-elle.

Pour freiner la détérioration des lacs, il n'existe qu'une seule solution: remettre les berges à l'état naturel. «Beaucoup de municipalités possèdent des règlements pour protéger la bande riveraine, mais sur le terrain les mentalités sont longues à changer. J'ai vu des gens qui tondent leur pelouse jusque dans l'eau et d'autres qui plantent des fleurs sur le littoral, ce qui est inutile. Il faut des arbres et des arbustes», indique-t-elle.

Il ne s'agit pas de la première étude à analyser la question, mais l'une des premières à s'intéresser spécifiquement aux lacs des Laurentides. «Dans plusieurs régions du Québec, l'agriculture a une forte incidence sur la pollution des lacs, mais cet élément n'est pas présent dans cette partie des Laurentides. Ça nous a permis de nous concentrer vraiment sur les répercussions de la construction résidentielle», conclut Mme Greene.


Simon Diotte
Collaboration spéciale