Adieu au coton ouaté!

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  • Le 6 mai 2013

  • Marie Lambert-Chan

Voici un prototype sur lequel travaille Ghislaine Grenon. La longue fermeture éclair facilite l’habillage et les soins d’hygiène et les ganses servent à maintenir le pantalon en place pour éviter des plaies de pression.Les personnes âgées handicapées ne sont pas gâtées au rayon des vêtements. On leur vend des habits peu seyants et démodés. Leur prix est élevé et les boutiques qui les offrent sont difficilement accessibles. «La plupart du temps, un proche finit par retoucher des vêtements achetés plus grands.

 

Ces individus se retrouvent donc trop souvent habillés de cotons ouatés... et on en a assez!» déclare Ghislaine Grenon, étudiante à la maitrise à l'Université de Montréal. C'est pourquoi elle étudie le vêtement inclusif. Celui-ci conviendrait à tous, qu'on soit handicapé ou non, et serait à la fois esthétique, confortable et fonctionnel.

Elle croit que le vêtement inclusif pourrait trouver preneur chez les babyboumeurs. «Ils n'ont pas encore de limitation fonctionnelle, mais plusieurs d'entre eux souffriront un jour d'un handicap, dit-elle. Il leur faudra des habits correspondant à leur idéalisme, leur optimisme, leur côté revendicateur... Les gens aiment s'habiller selon leurs valeurs et ce sera particulièrement vrai avec les babyboumeurs, qui sont plus instruits, branchés et aisés financièrement que leurs parents.»

Son projet de recherche est à la jonction du design industriel et de l'ergothérapie. «Nous souhaitons apporter des changements aux vêtements à l'image de ce qui se fait avec l'accessibilité universelle aux bâtiments. Autrement dit, comment une personne qui souffrirait de tous les problèmes imaginables pourrait-elle enfiler et enlever seule des vêtements dont le design n'est pas stigmatisant?» résume Jacqueline Rousseau, professeure d'ergothérapie à l'École de réadaptation. Elle dirige les travaux de Ghislaine Grenon avec la professeure de l'École de design industriel Denyse Roy.

Mmes Roy, Grenon et RousseauCertains éléments vestimentaires sont à proscrire. Les petits boutons sont un véritable casse-tête pour les gens dont la motricité fine est déficiente. Les manches ajustées ne sont pas commodes pour ceux qui ont moins de souplesse articulaire. Trop longs, les manteaux finissent toujours pas se ramasser en une masse inconfortable sous les cuisses des individus en fauteuil roulant.

Et les ainés handicapés tirent peu de plaisir à porter ces habits, une notion fondamentale pour Denyse Roy. «Le vêtement est une seconde peau. Il nous protège, mais il nous aide à nous théâtraliser. Un design vestimentaire inclusif évoluera avec la mode et s'adressera à tous les consommateurs. Il permettra ainsi de s'affirmer comme des membres à part entière de la société», indique-t-elle.

L'étude de la faisabilité d'un tel vêtement n'est pas terminée. Mais Ghislaine Grenon a déjà commencé à exploiter des pans amovibles, des fermetures éclair plus longues et des ganses savamment disposées. Elle a conçu un manteau d'hiver qui lui servira de prototype. Elle le soumettra bientôt à l'avis de babyboumeuses et d'experts en design et en ergothérapie.

Marie Lambert-Chan

La communication «Vêtements pour aînés en situation de handicap: design et réadaptation se rencontrent» sera présentée le 6 mai entre 13 h et 16 h 30.