Démythifier les commotions cérébrales chez les athlètes féminines

Émilie Chamard, étudiante au doctorat en neurospsychologie et joueuse de soccer, a elle-même subi quatre commotions cérébrales. (Image: James Hajjar)Les sportifs professionnels font souvent la manchette lorsqu'ils sont à l'écart du jeu en raison d'une commotion cérébrale. En contrepartie, le sort des athlètes féminines traitées pour cette blessure est peu souvent abordé.

 

Pourtant, il existe un monde de différences entre les effets d'une commotion sur les hommes et sur les femmes. Émilie Chamard, joueuse étoile de l'équipe de soccer féminin des Carabins, est l'une des rares chercheuses à se pencher sur cette problématique qui la touche directement.

Cette candidate au doctorat en neuropsychologie clinique à l'Université de Montréal a subi quatre commotions cérébrales au cours de sa carrière. Elle rappelle que les athlètes féminines courent de plus grands risques de subir une commotion que les athlètes masculins en recevant un coup de même intensité. Une plus petite circonvolution du cou, des muscles du cou moins développés et une moins grande quantité de liquide céphalorachidien peuvent faire partie des nombreux facteurs sous-tendant ces différences entre les hommes et les femmes. De plus, en moyenne, les athlètes féminines prennent davantage de temps à revenir au jeu.

Les plus récentes recherches d'Émilie Chamard démontrent que des séquelles persistent dans la matière blanche cérébrale et le métabolisme cérébral des athlètes féminines qui ont subi une commotion 18 mois auparavant, même si ces athlètes n'ont aucun symptôme apparent et qu'elles sont retournées au jeu. Cela pourrait expliquer qu'une athlète ayant subi une commotion risque davantage d'en subir une deuxième.

«Peu d'études ont été faites sur des athlètes féminines à ce sujet, rappelle la jeune femme. Les effets sont vraiment différents. Dans plusieurs années, il sera peut-être possible d'apporter des modifications au protocole de retour au jeu des athlètes féminines. Les conséquences sont plus sérieuses. Les symptômes et le temps de récupération sont plus importants.»

En février dernier, elle a présenté ses résultats de recherche devant les membres de l'International Neuropsychology Society à Hawaii, de même qu'à une rencontre scientifique à Édimbourg l'an passé.

Un parcours remarquable

«J'ai toujours eu une fascination pour le cerveau, affirme la joueuse de soccer de 25 ans originaire de Québec. Je m'intéresse aux maladies mentales et à tout cet aspect théorique.» Son domaine d'études était donc tout désigné, mais Émilie Chamard a une passion au moins aussi grande pour le sport. Depuis l'âge de huit ans, elle n'a jamais cessé de jouer au soccer. Il était donc normal que ses recherches lui permettent de rester en contact avec le monde du sport.

Son parcours n'est rien de moins qu'exemplaire. En plus de pratiquer un sport de haut niveau, elle est parvenue à être admise au doctorat en neuropsychologie clinique à l'UdeM, le seul programme agréé dans cette discipline au Canada.

Après avoir fait un baccalauréat en psychologie à l'Université Laval, elle a quitté le Rouge et Or pour se joindre aux Carabins. Avec les Bleues, elle a fait partie de l'une des brigades défensives les plus solides du pays. À l'automne 2012, au terme de sa cinquième et dernière saison sur le circuit universitaire du Réseau du sport étudiant du Québec, Émilie Chamard a été nommée au sein de la première équipe d'étoiles québécoises.

Ce double parcours remarquable a été récompensé au plus récent Gala Méritas des Carabins, où elle a reçu le prix de l'étudiante-athlète de l'année. Cet honneur tient compte des réussites scolaires à 60 % (elle a maintenu une moyenne de 4,2 au doctorat) et sportives à 40 %. «C'est certain que c'est une très belle reconnaissance, dit-elle avec le sourire. J'ai toujours travaillé hyper fort au soccer et à l'école, alors c'est la plus belle façon de terminer ma carrière universitaire. On doit s'engager à faire beaucoup d'heures de travail et des sacrifices, mais des prix comme ça, ça nous encourage à continuer.»

De plus, ses efforts ont été reconnus à l'échelle canadienne, puisqu'elle a reçu une prestigieuse bourse Vanier, qui vise à garder les meilleurs étudiants de doctorat du monde au Canada.

L'amour du soccer

Émilie Chamard poursuivra ses recherches même si sa carrière avec les Carabins est terminée. Cependant, elle n'a pas l'intention d'arrêter le soccer de sitôt. Cet été, elle jouera avec le club de soccer Mont-Royal Outremont sénior AAA. «La transition sera plus facile ainsi!»

Bien qu'elle soit plus prudente sur le terrain en raison des commotions cérébrales qu'elle a subies, la défenseuse n'est pas alarmiste à ce sujet. Elle soutient que la pratique du sport apporte beaucoup trop de bienfaits sur les plans physique et psychologique pour s'en priver. Émilie Chamard en est l'exemple parfait.

Mathieu Dauphinais
Collaboration spéciale