Les rituels des adolescents juifs

  • Forum
  • Le 6 mai 2013

  • Dominique Nancy

La transmission d'une tradition et l'attachement à la communauté passent par l'éducation, selon Sivane HirschDes pratiques adolescentes marquant l'attachement à une communauté peuvent-elles être des rites? Oui, semble répondre Sivane Hirsch, chercheuse postdoctorale au Département d'administration et fondements de l'éducation de l'Université de Montréal.

 

«Un rite est associé à des répétitions d'actions et de paroles qui véhiculent un sens et un objectif particulier», explique-t-elle.

Par exemple, la Barmitsva et son équivalent féminin la batmitsva chez les adolescents juifs sont des évènements où l'enthousiasme des jeunes et les énergies qu'ils mobilisent confinent presque au sentiment du sacré. Or, qui dit «sacré» dit forcément «rite», au sens où la participation à ce type de célébration comporte une facette symbolique de grande importance pour l'individu.

À partir d'une observation auprès d'une trentaine de jeunes des cinquième et sixième années de quatre écoles juives de Montréal, Sivane Hirsch a été amenée à réfléchir sur les rituels intégrés dans leur quotidien. Les résultats de son étude permettent de mieux comprendre la place que ces rites occupent dans l'éducation juive contemporaine dans le contexte québécois.

«Une dizaine de rites ont émergé de mon observation, dont ceux entourant les prières du matin et à l'heure du diner, la lecture d'une histoire de la Bible chaque vendredi et le spectacle de fin d'année», rapporte Mme Hirsch. Il ressort que, par ces rituels, les écoles visent à marquer l'appartenance à la communauté.

Les rituels seraient effectués afin de témoigner de la valeur accordée à la tradition et non pour promouvoir la pratique de la religion. «L'objectif est de faire en sorte que les jeunes soient à l'aise au sein de la communauté juive montréalaise pour qu'ils aient envie de rester au Québec au lieu de vouloir partir à Toronto comme plusieurs l'ont fait dans les années 90.»

Une communauté mal connue

Sans minimiser la fonction religieuse d'un rituel, il importe selon Sivane Hirsch de considérer aussi son rôle social. «Dans le monde juif, divers rituels gardent une place significative dans la vie communautaire, même parmi ceux qui ne laissent plus la religion rythmer leur quotidien, affirme la chercheuse. C'est le cas notamment de certaines fêtes comme le Yom Kippour et des rituels de passage tels que la circoncision et les bat- et barmitsva.»

À son avis, la transmission d'une tradition et l'attachement à la communauté passent par l'éducation. Celle-ci est par ailleurs un élément clé associé aux perceptions. «La communauté juive du Québec reste mal connue, notamment chez les francophones vivant en région, estime Sivane Hirsch. Le judaïsme est souvent assimilé aux pratiques hassidiques et la communauté dans son ensemble à sa composante anglophone.»

Depuis son doctorat en sociologie et sciences de l'éducation, Sivane Hirsch étudie le rôle de l'éducation au sein de diverses communautés pour tenter d'approfondir la compréhension du phénomène. Dans sa thèse, elle a analysé de nouvelles formes de spiritualité telle qu'elle est perçue et vécue par des étudiants d'université québécois, français et israéliens.

Son étude sur les rites de passage dans les écoles juives de Montréal s'inscrit dans un projet de plus large envergure sur l'apport de l'éducation dans les relations entre la communauté juive et les autres Québécois. Cette recherche est réalisée dans le cadre d'un postdoctorat au laboratoire de recherche de la professeure Marie Mc Andrew, titulaire de la Chaire en relations ethniques de l'UdeM. Mme Hirsch présentera ses principaux résultats sur les ritualisations adolescentes le 7 mai à Québec au 81e Congrès de l'Acfas.

Dominique Nancy