Rendre les expositions comme des romans

  • Forum
  • Le 6 mai 2013

  • Dominique Nancy

Les visiteurs ont pu vivre une expérience d’immersion au musée Sackler, à Washington, à l’occasion de l’exposition La majorité des expositions ne permettent pas aux visiteurs de saisir le fil conducteur de ces présentations d'objets, car les éléments qui concourent à cette fonction, soit les pièces elles-mêmes, les textes et le parcours, sont souvent mal utilisés.

 

Les visiteurs se promènent ainsi parfois dans toutes les directions sans porter aucune attention à l'ordre logique de la succession des objets.

C'est ce qu'a observé Colette Dufresne-Tassé, professeure au Département de psychopédagogie et d’andragogie de l'Université de Montréal et directrice du programme de maitrise en muséologie de l'UdeM de 1993 à 2008, au cours d'une étude sur les comportements des visiteurs de musée. «La structure d'une exposition peut éviter le syndrome de la poule qui picore à gauche et à droite», affirme la spécialiste du comportement des clientèles des musées. Elle présentera le 8 mai au congrès de l'Acfas une communication axée sur les caractéristiques favorables à la conception d'une exposition thématique ainsi que sur la démarche qui a conduit à leur définition.

C'est la mise au point d'un instrument donnant accès à ce que pense, imagine ou ressent un visiteur à mesure qu'il découvre une exposition qui a amené la professeure Colette Dufresne-Tassé à laisser de côté le problème de l'évaluation pour s'engager dans un programme de recherche axé sur la production de sens.

Pour rendre les expositions plus enrichissantes, Colette Dufresne-Tassé suggère aux commissaires de s'inspirer de la trame des romans. «La structure des romans pousse progressivement le lecteur à anticiper le déroulement du récit par de petits éléments accrochés successivement les uns aux autres, souligne-t-elle. La trame est ainsi composée de relations logiques, hypothétiques et additives, trois archétypes de la pensée dont les adultes font spontanément usage. Appliqués aux expositions, ces éléments permettent de maintenir l'intérêt du visiteur en réorientant le thème et en suscitant la réflexion tout au long de la visite.»

Une expérience d'immersion

Cette approche, qui aurait fait ses preuves, a déjà été appliquée avec succès. Par exemple, des conservateurs y ont eu recours pour l'exposition présentée lors de l'inauguration de la grande bibliothèque de Paris. Le musée Sackler, à Washington, a également monté des expositions sur ce modèle, entre autres pour illustrer l'influence des Jésuites sur l'art moghol.

L'approche narrative est au cœur des travaux de Mme Dufresne-Tassé. La chercheuse a notamment comparé ce qu'ont pensé, imaginé et ressenti les visiteurs adultes dans une vingtaine d'expositions permanentes non thématiques et dans des expositions temporaires thématiques. Elle a en outre analysé plus de 200 expositions présentées en Amérique ou en Europe.

«Nos observations nous ont amenés à établir un catalogue des problèmes et à formuler une série de 12 principes d'élaboration d'une exposition temporaire thématique susceptibles de guider le commissaire», indique Mme Dufresne-Tassé, qui travaille actuellement à énoncer des principes similaires pour les expositions permanentes.

D'autres recherches ont porté sur le processus de constitution d'une exposition temporaire thématique afin de vérifier les exigences du respect des 12 principes élaborés. «En travaillant étroitement avec des commissaires, nous nous sommes rendu compte qu'ils possédaient un ensemble de connaissances sur le sujet de leur exposition et une liste plus ou moins complète des objets qu'ils voulaient montrer, mais que ces informations étaient difficilement partagées avec les autres membres de l'équipe de conception et que cette difficulté diminuait grandement la capacité de respecter les principes», signale Colette Dufresne-Tassé.

Son équipe de recherche a conçu des façons de procéder qui facilitent le travail des concepteurs d'exposition et qui aident les visiteurs à dégager l'idée générale d'une exposition. «La présentation des objets aide le visiteur à vivre une expérience d'immersion, c'est-à-dire une expérience dans laquelle il imagine l'univers correspondant au sujet de l'exposition puis, peu à peu, se laisse habiter par cet univers, comme le fait le lecteur d'un bon roman.»

Dominique Nancy


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