Bernard Derome est docteur honorifique de l'UdeM

  • Forum
  • Le 20 mai 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Bernard Derome et le doyen de la FEP, Christian Blanchette (Image: Andrew Dobrowolskyj)«Si la tendance se maintient, Bernard Derome verra sa carrière couronnée ce soir par la remise d'un doctorat honoris causa, des mains de notre recteur», a lancé Robert Maltais, responsable du certificat en journalisme de la Faculté de l'éducation permanente (FEP) de l'Université de Montréal, à la collation facultaire des grades le 15 mai.

 

Comme prévu, l'homme de 69 ans s'est avancé pour recevoir le parchemin que lui tendait Guy Breton. Quarante ans de télévision, dont 34 à titre de chef d'antenne des nouvelles télévisées à la Société Radio-Canada (SRC), voilà qui mérite une reconnaissance universitaire, ont estimé les responsables de la FEP. L'homme s'est fait connaitre par son sourire de clôture du bulletin de fin de soirée et par ses annonces en primeur sur la formation des nouveaux gouvernements: «Radio-Canada prévoit que, si la tendance du vote se maintient, le prochain gouvernement sera formé par le parti...», déclarait-il d'un air solennel avant de préciser les résultats de l'élection. Au cours de sa carrière, il a couvert en direct 23 élections provinciales, fédérales et municipales.

«J'ai eu beaucoup de chance dans ma vie professionnelle et ça continue avec cet honneur de l'Université de Montréal», affirmait le récipiendaire quelques heures plus tôt, en marge d'une réception au Salon du recteur. En recevant ce doctorat honorifique, M. Derome allait avoir une pensée pour son père, diplômé de HEC Montréal, qui s'attristait du fait que son fils avait abandonné les études. «Je dois faire ici mon coming out, a révélé Bernard Derome à Forum: je n'ai aucun diplôme universitaire.»

Happé très jeune par le monde journalistique, M. Derome lit les nouvelles à la station CJBR de Rimouski dès 1963. Deux ans plus tard, il entre à Radio-Canada, devenant l'un des visages les plus connus de la télévision française. D'ailleurs, on lui écrit encore pour lui dire qu'il a suscité des vocations.

Mon visage n'est pas à vendre

Quand Bernard Derome amorce sa carrière à la SRC, tout est à faire sur le plan éthique. Le constructeur automobile General Motors apprend de quel bois il se chauffe lorsqu'il lui offre un contrat de 70 000 $ pour une publicité sur les Chevrolet Oldsmobile. Cela survient peu après qu'il eut annoncé sur les ondes que la police avait retrouvé le corps de Pierre Laporte dans une voiture de ce modèle, en 1970. «J'ai refusé l'offre. Et je suis allé voir mes patrons pour leur dire que ces situations étaient intolérables. Depuis, la société d'État a adopté un code d'éthique qui interdit aux lecteurs de nouvelles de prêter leur nom à une campagne publicitaire», explique-t-il.

Même aujourd'hui, M. Derome ne veut être associé à aucune réclame quelle qu'elle soit. Il refuse même les propositions de figurer dans des séries télévisées où on lui demande d'incarner son propre rôle. Les invitations au théâtre sont aussi déclinées. «La crédibilité, c'est difficile à construire mais facile à démolir», fait observer le journaliste.

Souffre-t-il du «complexe du non-diplômé»? Oui, parfois, admet-il d'emblée. Il lui est arrivé d'analyser des rencontres au sommet avec des invités comme Robert Lacroix ou Pierre Fortin, titulaires de postdoctorats en économie. «Si c'était à refaire, peut-être que j'entreprendrais un baccalauréat en science politique, en histoire ou en droit. J'ai toujours rêvé de faire mon droit.» Ses trois enfants, Dimitri Constantin, Alexandra et Éléonore, ont fait des études universitaires.

Ni Twitter ni Facebook

Pour Christian Blanchette, doyen de la FEP, le fait de conférer un doctorat honoris causa à Bernard Derome est un immense honneur pour l'Université de Montréal et pour le journalisme, auquel il a donné une grande crédibilité professionnelle.

Toujours actif professionnellement, Bernard Derome a plusieurs engagements pour les prochaines années. Il continue de dévorer l'information, dès son réveil à 7 h avec les nouvelles de la Première Chaîne jusqu'aux informations de 22 h. Entretemps, il lit plusieurs journaux et magazines imprimés et glane des nouvelles sur les sites du Monde, de la CBC et de la BBC. «Par contre, je ne suis pas présent sur Twitter et Facebook. Ça ne m'intéresse pas.»

Mathieu-Robert Sauvé