Les mères d'enfants agressés sexuellement ont besoin de soins mieux adaptés

  • Forum
  • Le 20 mai 2013

  • Marie Lambert-Chan

L’étude de Mme Cyr a des implications très concrètes pour les services sociaux. (Image: iStockphoto)Le soutien aux mères est crucial dans le rétablissement des enfants victimes d'agressions sexuelles. Mais ces femmes éprouvées ne forment pas un groupe homogène. Leur personnalité, leur vécu et leur réaction au dévoilement du crime influenceront leur capacité à soutenir leur progéniture pendant cette épreuve.

 

Afin de leur offrir des traitements mieux adaptés à leurs besoins, le Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles (CRIPCAS) a réalisé une étude pour mieux les comprendre. «Quatre groupes ont émergé de notre analyse: les mères résilientes, les mères évitantes, les mères traumatisées et les mères hostiles et en colère», rapporte Mireille Cyr, directrice du CRIPCAS et professeure au Département de psychologie de l'Université de Montréal.

En partenariat avec les centres jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec, ainsi que ceux de Lanaudière, les chercheurs du CRIPCAS ont recruté 226 mères dites «non agresseurs» dont les enfants étaient âgés de 2 à 17 ans au moment des faits. Un peu moins de 33 % d'entre elles se classaient dans la catégorie des résilientes. La même proportion faisait partie du groupe des évitantes. Environ 19 % étaient traumatisées et un peu plus de 15 % étaient hostiles et en colère.

Les mères résilientes se sont révélées les plus aptes à soutenir leur enfant. Elles étaient plus âgées que les femmes des autres groupes. Elles vivaient davantage en couple, ce qui n'est pas étranger au fait que le niveau socioéconomique était aussi meilleur. Elles ne rapportaient pas de problèmes d'ordre psychologique ni pour elles ni pour leur enfant.

Malgré tout, dans près de 45 % de ces cas, les travailleurs sociaux ont estimé que le développement psychosocial de l'enfant était à risque, car l'agression avait été commise par un membre de la famille. Cette donnée secoue le mythe voulant que les mères soient en partie complices des agressions lorsque celles-ci sont intrafamiliales. «Au contraire, toutes les mères de ce groupe soutenaient adéquatement leur enfant», remarque Mme Cyr.

Mireille CyrLes mères évitantes présentaient plusieurs symptômes de stress post-traumatique, en plus d'utiliser des stratégies d'adaptation fondées sur l'évitement. «Ces mères essaient d'éviter de faire face à cet évènement traumatique», analyse la professeure. Environ 20 % des enfants issus de ce groupe ont été victimes de violence physique en plus d'être agressés sexuellement, le taux le plus haut de toute la cohorte. L'aveuglement de ces mères pourrait être lié à ce phénomène. «On pourrait penser que cela diminue leur capacité à bien évaluer leurs besoins de même que ceux de leur enfant», poursuit-elle.

Les mères traumatisées étaient les plus nombreuses à avoir subi une forme ou une autre de maltraitance au cours de leur enfance. «Plus que les autres, elles vivaient des relations difficiles avec leur famille d'origine», note Mireille Cyr en ajoutant que ce groupe pourrait être marqué par ce qu'on appelle la transmission intergénérationnelle des agressions sexuelles. Ces mères travaillaient davantage, mais leur revenu demeurait quand même le plus bas de l'échantillon. «On peut postuler que ce sont des mères seules qui tentent de faire vivre leur famille, ce qui occasionne beaucoup de stress chez elles. Elles ont également un lourd passé. Tout cela pourrait indiquer qu'elles souffrent d'un état de stress post-traumatique complexe. Cela signifie que les mauvais traitements qu'elles ont subis à répétition ont altéré leurs façons d'entrer en relation avec autrui et de réguler leurs émotions, entre autres.»

Les mères hostiles rapportaient un niveau de colère très élevé à l'égard de leur enfant et de l'agresseur. Elles punissaient plus fréquemment leur progéniture. «Ces mères ne soutenaient pas leur enfant. Heureusement, elles étaient peu nombreuses», observe la professeure.

Des traitements sur mesure

Selon Mireille Cyr, cette étude a des implications concrètes pour les services sociaux. «Nous confirmons qu'il existe différents types de mères et que, pour être plus efficaces, nous devons leur offrir des traitements adaptés à leurs besoins. Il resterait à créer un questionnaire pour brosser avec plus de précision le portrait de ces femmes et à systématiser cette démarche.»

Par exemple, les mères résilientes pourraient bénéficier d'un suivi psychoéducatif qui permettrait de les informer des conséquences probables de l'agression sexuelle sur leur enfant à court et long terme. On pourrait proposer aux autres mères des thérapies individuelles ou de groupe afin qu'elles apprennent, selon leur profil, à résoudre les traumatismes du passé, à composer avec leur colère, à rechercher des solutions différentes de l'évitement, à surmonter leur stress post-traumatique et, dans certains cas, «à aimer leur enfant autrement», conclut Mme Cyr.

Marie Lambert-Chan