Les psys brulent les planches

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  • Le 20 mai 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Cela ne se voit pas, mais Mmes Ramirez et Sabourin, toutes deux psychologues, se sentaient très fébriles à quelques jours de la première de Caravane.Une jeune Indienne est adoptée par un groupe de gitans et parcourt dans leurs caravanes les pays du Maghreb jusqu'en Espagne, où son coup de foudre pour un tzigane se termine par une grande fête.

 

Voilà le scénario de Caravane, un conte musical créé par le comité social du Centre étudiant de soutien à la réussite (CESAR) et du Centre de santé et de consultation psychologique (CSCP) de l'Université de Montréal. Le spectacle de danse et d'expression corporelle de 75 minutes sera présenté au Centre d'essai les 30 et 31 mai.

«Nous travaillons sur ce projet depuis un an et demi et nous ressentons une fébrilité extraordinaire à l'approche de la première»,  commente la psychologue Dania Ramirez, qui signe les 11 chorégraphies inspirées du baladi, du flamenco et de danses traditionnelles européennes. La fierté de présenter un spectacle de qualité s'ajoute à l'excitation, souligne Josée Sabourin, l'autre psychologue du CESAR. Les deux femmes ont travaillé sans compter les heures au cours des derniers mois pour attacher toutes les ficelles du conte comprenant décors, bande sonore et costumes. La troupe improvisée compte une quinzaine d'employés du CESAR et du CSCP, dont l'orthopédagogue Denis Côté, qui a coscénarisé la création, en plus des collaborateurs qui soutiennent le projet.

«Cette initiative est merveilleuse pour renforcer l'esprit d'équipe et le sentiment d'appartenance à l'Université, affirme Hélène Trifiro, directrice du CESAR. Notre équipe possède de multiples talents et nous avons très hâte d'assister au spectacle.»

Avant ce conte musical, un groupe similaire réuni par le comité social avait présenté intégralement à sa fête de Noël 2011 une pièce de Molière, L'amour médecin. Elle avait été montée à l'auberge Saint-Gabriel, dans le Vieux-Montréal, l'une des premières auberges à avoir ouvert ses portes au pays. Pour un Molière, sans doute le premier auteur joué en Nouvelle-France, c'était tout indiqué.

Une enfance en Espagne

Née au Québec de parents espagnols retournés dans leur pays d'origine alors qu'elle n'avait que quatre ans, Dania Ramirez a vécu à Madrid et dans le sud de la péninsule ibérique jusqu'à l'âge de 12 ans, quand la famille est revenue s'installer à Montréal. Elle a connu les musiciens itinérants qui lui ont inoculé une passion pour la danse et pour la musique gitanes. «J'ai gardé un souvenir très vif de ces nomades qui sentaient le feu de bois et les fleurs. Je les ai vus très souvent danser dans les villages et les quartiers où ils s'arrêtaient le dimanche. Quand l'idée du spectacle s'est mise en place, j'ai pris des cours de danse gitane et j'ai partagé mes apprentissages avec les personnes du bureau. Ça a connu un succès inespéré.»

C'est Mme Ramirez qui a suggéré de composer une histoire autour d'une quête identitaire mettant en scène des gitans. Le personnage principal est exposé à différentes influences, ce qui donne un ton interculturel au récit. Et même la culture québécoise y trouve son compte. «Nous avons intégré une chanson de Fred Pellerin portant sur l'ouverture d'esprit et la fraternité entre les peuples, dit Josée Sabourin, qui l'interprète. C'était important pour nous de donner une couleur locale à ce spectacle.»

Peuple en perpétuel exil, les Gitans incarnent pour les conceptrices la résilience et le courage, mais aussi la joie de vivre. «On dit que les Gitans dansent quand les choses vont mal. Ils dansent aussi quand les choses vont bien. C'était parfait pour nous!» lance Mme Ramirez. Il y a une analogie à faire avec les difficultés de l'existence auxquelles sont confrontés les individus d'aujourd'hui, y compris les étudiants.

Les Gitans font la manchette en Europe quand les autorités les chassent de lieux où il est interdit de s'établir. Le texte, signé par le psychologue Sébastien Côté et narré par Josée Sabourin, en fait mention et apporte une dimension dramatique à la création.

À voir les 14 danseurs (12 femmes et 2 hommes) qui exécutent les enchainements de mouvements dans une salle du pavillon Marie-Victorin, aucun doute que les spectateurs en auront pour leur argent. «Nous avons obtenu un très bon niveau de performance de la part de gens qui, pour la plupart, n'avaient jamais dansé en public», louange Dania Ramirez. Très disciplinés, les danseurs ont répété deux fois par semaine ces derniers mois. Tout cela en dehors des heures de bureau.

C'est avec un sourire en coin que les deux femmes expriment leur satisfaction d'avoir conduit leur équipe sur les planches du Centre d'essai. «Ce type de danse est très sensuel. C'est un hommage à la femme. Il a fallu assumer notre féminité», mentionne Mme Ramirez. «Et puis, les psychologues aussi ont droit à leurs folies, rajoute Josée Sabourin. Plusieurs études le démontrent: c'est très précieux de pouvoir exprimer sa créativité en milieu professionnel.»

Mathieu-Robert Sauvé

Le conte musical Caravane sera présenté les 30 et 31 mai au Centre d'essai de l'Université de Montréal, 2332, boulevard Édouard-Montpetit, 6e étage, au cout de 15 $.