Mon ami, mon bouclier

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  • Le 20 mai 2013

  • Marie Lambert-Chan

L’étude met en valeur l’importance du contexte relationnel dans les difficultés vécues par les enfants qui sont en surpoids. (Image: iStockphoto)Selon une nouvelle étude, les adolescents qui sont l'objet de railleries en raison de leur problème de poids seraient plus susceptibles d'être insatisfaits de leur image corporelle, ce qui, par ricochet, augmenterait leurs sentiments dépressifs.

 

Mais, bonne nouvelle, ce cercle vicieux serait brisé par des relations d'amitié sincères, où l'intimité – le fait de se dévoiler, d'être en mesure de partager ses difficultés – agirait comme facteur protecteur en réduisant la probabilité que la victimisation entraine un accroissement des humeurs dépressives.

«Les échanges avec un bon ami permettent de mettre en perspective les commentaires négatifs des pairs, de leur accorder moins d'importance», affirme Stéphane Cantin, professeur au Département de psychoéducation et coauteur de cette recherche menée avec le professeur Ryan E. Adams, de l'Université de Cincinnati, et publiée dans The Journal of Early Adolescence.

Pour parvenir à ces résultats, ils ont étudié une cohorte de 610 élèves de première secondaire issus de deux écoles de la région montréalaise. Un peu moins du quart d'entre eux étaient considérés en surpoids selon le calcul de leur indice de masse corporelle. Tous ont été questionnés sur la qualité de leurs relations amicales.

Stéphane Cantin«Plusieurs études ont démontré que les enfants qui ont un problème de poids sont plus à risque d'être persécutés et qu'ils réagissent sans doute plus négativement à cette situation. Le lien entre la victimisation et l'augmentation des sentiments dépressifs est d'ailleurs beaucoup plus fort chez ces jeunes que dans le reste de la population», mentionne M. Cantin.

Comme les chercheurs l'ont confirmé, ce lien s'explique par le fait que la victimisation renforce l'insatisfaction que ces adolescents entretiennent quant à leur image corporelle, ce qui alimente leur détresse psychologique. En partant de cette donnée, ils se sont interrogés sur le rôle de l'amitié dans ce phénomène.

«On sait que les enfants qui souffrent d'embonpoint ou d'obésité ont peut-être plus de difficulté à nouer des amitiés réciproques. Ils ont toutefois des amis et la qualité de leurs relations ne semble pas altérée par leur problème de poids», note le professeur.

Les chercheurs ont examiné plusieurs aspects de l'amitié: les conflits dans ce type de relation, la capacité de se réconcilier, la fréquence des relations et l'intimité perçue. «Seule l'intimité, c'est-à-dire le fait d'avoir une relation d'amitié que l'on considère comme privilégiée et propice aux échanges, a réussi à modérer le lien entre la victimisation et la hausse des symptômes dépressifs, rapporte-t-il. Cela ne signifie pas que ces enfants n'en vivront jamais. D'entrée de jeu, on constate une détresse psychologique plus élevée chez ces jeunes victimes, mais des relations d'amitié de qualité permettent de préserver l'image positive qu'ils peuvent avoir d'eux-mêmes et préviennent ainsi l'aggravation ultérieure des symptômes dépressifs.»

Selon lui, cette étude met en valeur l'importance du contexte relationnel dans les difficultés vécues par ces enfants. «Certains préconisent que, pour les aider, il faut les encourager à mieux contrôler leur poids. C'est une bonne idée, mais on ne doit pas se limiter à cela. Ceux qui interviennent auprès de ces adolescents doivent aussi s'enquérir de la qualité de leurs expériences relationnelles et s'assurer de favoriser leur intégration sociale.»

Marie Lambert-Chan