Alexandre Prat, lauréat du prix André-Dupont

  • Forum
  • Le 3 juin 2013

  • Dominique Nancy

Alexandre PratÀ la petite école, Alexandre Prat était considéré par ses professeurs comme un élève «un peu paresseux». «On me reprochait de ne pas toujours terminer mes projets. J'étais plus intéressé par le sport et mes amis que par les études», admet le neurologue qui n'a même jamais joué dans sa jeunesse avec une trousse de docteur.

 

Après le cégep, il dépose néanmoins une demande d'admission en médecine à l'Université de Montréal. Elle est d'abord refusée. Déterminé, il s'inscrit au baccalauréat en biochimie, qui sera suivi d'une maitrise en physiologie (1994). «Après mon baccalauréat, j'ai finalement été accepté à la Faculté de médecine. J'ai fait ma maitrise en même temps que je terminais mes deux premières années d'études de médecine», explique le Dr Prat, qui a ensuite fait un doctorat en médecine (1995) et une résidence en neurologie clinique (2003) à l'Université McGill, après avoir obtenu un diplômes d'études supérieures spécialisées (2001) sous la supervision du Dr Jack P. Antel, de l'Institut et hôpital neurologiques de Montréal. Pas si paresseux finalement quand les projets lui tiennent à cœur!

Selon Alexandre Prat, son parcours inusité lui a été très bénéfique. «La médecine m'a permis d'approfondir mes connaissances en biologie et en physiologie humaine. J'espère que mes travaux permettront un jour de trouver un médicament pour aider les personnes atteintes de maladies neurogénératives», déclare le médecin chercheur qui travaille à titre de neurologue à l'Hôpital Notre-Dame du CHUM et comme professeur à la Faculté de médecine de l'UdeM depuis 2004. Il dirige en outre un important laboratoire de recherche qui compte 17 étudiants aux cycles supérieurs, dont 8 postdoctorants.

L'homme de 44 ans a récemment reçu le prix André-Dupont, du Club de recherches cliniques du Québec (CRCQ) et du Fonds de recherche du Québec–Santé (FRQS). Ce prix, d'une valeur de 1000 $, est offert aux chercheurs les plus prometteurs ayant moins de 10 ans d'expérience comme scientifique autonome et vise à honorer l'excellence des travaux dans le domaine de la recherche biomédicale.

À la cérémonie de remise du prix, le CRCQ et le FRQS ont qualifié le lauréat d'«excellent neurologue» et souligner qu'il était «l'un des rares médecins à faire de la recherche clinique et fondamentale». Ses travaux sont publiés dans de prestigieuses revues scientifiques, dont Nature Medicine, Science et Nature Immunology.

Élucider le rôle de lymphocytes

Ce n'est pas la première récompense que reçoit le Dr Prat. En 2000, il s'est vu accorder le prix S. Weir Mitchell, de l'American Academy of Neurology, qui saluait sa contribution à la recherche clinique et fondamentale sur la sclérose en plaques, une maladie du système nerveux central qui se caractérise par une perte de myéline et affecte principalement les femmes.

Ayant une soixantaine d'articles scientifiques à son actif, le Dr Prat jouit d'une excellente réputation en matière de communications intercellulaires et des mécanismes inflammatoires de la maladie. Ses recherches ont montré, sur un modèle in vitro puis sur le modèle animal de la sclérose en plaques (l'encéphalite auto-immune expérimentale), que les lymphocytes Th17 traversent facilement la barrière hématoencéphalique, détruisent les neurones et favorisent l'inflammation du système nerveux central dès le début des manifestations des lésions de la maladie.

D'autres travaux plus récents de l'équipe d'Alexandre Prat dont Forum a fait mention (voir le numéro du 21 janvier 2008) ont démontré qu'une molécule d'adhésion cellulaire liée aux leucocytes et qui est exprimée par les cellules endothéliales du cerveau, la molécule CD166, joue un rôle majeur dans la migration des cellules immunitaires à travers la barrière hématoencéphalique.

Les études du Dr Prat devraient ultimement conduire à la découverte de nouvelles approches thérapeutiques pour le traitement des maladies neurodégénératives.

Dominique Nancy