La Clinique de kinésiologie change sa vocation

  • Forum
  • Le 3 juin 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Les clients de la Clinique de kinésiologie sont pris en charge pour qu’ils améliorent leur santé.Le kinésiologue est un professionnel de la santé spécialisé dans le traitement des problèmes liés aux mouvements. C'est pour mieux incarner cette mission que la Clinique de kinésiologie de l'Université de Montréal s'est repositionnée l'an dernier. «Après une dizaine d'années d'existence, nous en sommes venus à la conclusion que la Clinique devait mieux refléter son caractère universitaire.

 

Nous recevons désormais des personnes aux prises avec des problèmes de santé particuliers et nous leur proposons des exercices adaptés à leurs besoins», explique le directeur du Département de kinésiologie, François Prince.

Nouvelle clinique, nouvelle clientèle. Alors que la plupart des anciens clients repartaient après une visite avec un sommaire de l'évaluation de leur condition physique, les gens qui frappent désormais à la porte des installations situées au CEPSUM sont pris en charge pour qu'ils améliorent leur santé. Ils ont en général trois ou quatre rendez-vous à la Clinique. «Nous faisons le pari qu'en améliorant la condition physique nous améliorerons la santé», illustre Danick Lafond, directeur de cette clinique repensée où sont données annuellement 1600 consultations.

Il n'y a pas de client type, mais il est courant d'accueillir des hommes de 55 ans ayant un surplus de poids et souffrant de diabète de type 2. «Ces personnes sont parfois ébranlées sur le plan émotif par le diagnostic qu'elles viennent de recevoir. Leur médecin leur a dit que leur vie serait écourtée si elles ne changeaient pas leurs habitudes. Elles doivent abandonner le tabac, adopter de nouvelles habitudes alimentaires et surtout mettre fin à la sédentarité. Ce sont souvent beaucoup de choses à modifier pour améliorer leur état de santé; nous les aidons à aborder ces changements de façon durable», reprend M. Lafond, professeur au département depuis une décennie.

Une clientèle satisfaite

«Depuis mon diagnostic de diabète, j'avais un peu l'impression de me battre seule, mais maintenant je ne me sens plus isolée face à la maladie, écrit Guylaine Labrecque dans un courriel adressé à ses cliniciens. Mon prochain rendez-vous est dans deux semaines, et j'ai hâte de revoir mes intervenants. Cette semaine, je tente d'intégrer à ma routine les suggestions qu'on m'a faites.»

La particularité de l'intervention en kinésiologie, note M. Lafond, tient dans l'autonomie qu'on veut donner au client. «Le médecin qui prescrit un médicament précise une posologie et s'attend à ce que son patient la respecte. C'est plus difficile avec un plan de traitement en kinésiologie, car en bonne partie notre but est que la personne intègre de saines habitudes de vie, un comportement actif ou des exercices dans son quotidien. Comment savoir si elle applique tout cela? On doit transmettre le mieux possible la notion de responsabilité. De là, l'accent mis sur l'autonomie.»

Avant même d'évaluer le client, le kinésiologue doit savoir l'écouter et il a reçu une formation en ce sens. «Il sait travailler sur la motivation personnelle, sans laquelle toute intervention est vaine», commente le responsable de la Clinique.

Le programme de baccalauréat en kinésiologie, actuellement en refonte, prévoit une trentaine d'heures consacrées à des techniques d'entrevue relatives à la motivation durant la formation clinique. L'Université de Montréal est la seule à enseigner cette approche au Québec.

180 heures de stages

Outre les diabétiques, on compte de nombreux clients atteints de problèmes neurologiques. Des personnes âgées consultent également les kinésiologues pour retrouver la santé. «De plus, on a souvent affaire à des conditions multiples simultanées telles que l'hypertension et l'obésité ou les désordres musculosquelettiques. Le plan de traitement doit en tenir compte.»

L'approche professionnelle s'est transformée pour faire face aux nouveaux défis, car l'exercice est de plus en plus considéré comme une modalité de prévention et de traitement des problèmes de santé. Mais le volet didactique n'est pas oublié pour autant, puisqu'on supervise 180 heures de stages chaque semaine. Auparavant, des étudiants supervisés par leur professeur accueillaient les clients. Aujourd'hui, c'est un professionnel qui assume la responsabilité du plan d'intervention de la personne et l'étudiant assiste et participe progressivement aux actes dans le cadre de ses stages cliniques, et ce, en fonction de la progression de ses compétences. «C'est plus cohérent avec les autres volets de la Clinique de physiothérapie et de médecine du sport ou de la Clinique universitaire de nutrition, qui sont nos alliées naturelles», mentionne M. Lafond, lui-même kinésiologue doté d'une solide expérience acquise en entreprise privée.

L'équipe compte actuellement trois professionnels à temps plein et deux à temps partiel. La centaine d'étudiants du baccalauréat en kinésiologie passent à la Clinique durant la deuxième et la troisième année de leur formation.

Mathieu-Robert Sauvé