Freud ne résiste pas à l'analyse

  • Forum
  • Le 26 août 2013

  • Dominique Nancy

Personnalité complexe, sans cesse décriée ou adulée, Freud a marqué, et continue de marquer, la discipline qu’il a créée. Même si ses détracteurs sont depuis toujours nombreux.«La psychanalyse n'est, au fond, qu'une foire aux illusions entretenue par ses adeptes, affirme Serge Larivée, qui vient de publier “La psychanalyse ne résiste pas à l'analyse”. À quand la fin de la mascarade?» s'interroge-t-il.

 

À son avis, la psychanalyse, inventée par Sigmund Freud, n'obéit pas aux critères d'une véritable démarche scientifique, et ce, même si elle constitue un système de croyances sophistiqué. «Ce système conceptuel n'est pas cohérent avec ce qu'il est censé expliquer», estime le professeur de l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal qui a analysé les données du corpus de la psychanalyse à la lumière d'une démarche scientifique.

Paru dans le dernier numéro de la Revue de psychoéducation (vol. 42, no 1), le texte de 45 pages signé par M. Larivée (auprès duquel on peut se le procurer) et le biochimiste Éric Coulombe se compose de quatre parties. Dans la première, les chercheurs présentent l'analyse des 31 cas traités par Freud, mettant en évidence «la non-efficacité de son approche». La deuxième est consacrée au caractère dogmatique des débuts de la psychanalyse, caractère qui sévit encore, selon MM. Larivée et Coulombe, dans certains milieux. Par la suite, à l'aide d'exemples tirés des écrits de Jacques Lacan, Françoise Dolto et Bruno Bettelheim ainsi que de la pratique actuelle, ils répondent à ceux «qui prétendent que la psychanalyse a évolué» et démontrent que tel n'est pas le cas. Enfin, ils mettent en évidence que la tentative des psychanalystes de récupérer le courant de la neuropsychologie à leur profit ne tient pas la route.

Ce n'est pas la première fois que M. Larivée remet en question l'héritage freudien. En 2003, il avait publié dans la même revue une critique plutôt assassine de la psychanalyse avec le professeur Hubert Van Gijseghem, aujourd'hui retraité. Cela avait valu aux auteurs de nombreux reproches de la part des tenants de la méthode. Serge Larivée est conscient des risques. Mais à ses yeux, il importe avant tout de porter un regard critique sur la science. «La psychanalyse n'a toujours pas fait ses preuves, dit-il. On n'a que des anecdotes. Mille anecdotes ne font pas un fait.»

Citant l'écrivain Giovanni Papini, M. Larivée rappelle que Freud lui-même se décrivait comme un poète et un romancier. «Pour lui, la psychanalyse n'était rien d'autre que l'interprétation de sa vocation littéraire en termes de psychologie et de pathologie. Freud a d'ailleurs reçu le prix Goethe de littérature en 1930.»

Déboulonner le mythe de la psychanalyse

Solidement ancrée dans l'imaginaire collectif, la psychanalyse fascine tout un chacun. Dans les magazines féminins, les films et nos conversations, on se réfère souvent à ses concepts: le complexe d'Œdipe, la libido, les souvenirs refoulés, l'inconscient, le moi, le ça, le surmoi, etc. «La psychanalyse suppose un déterminisme psychique strict, explique M. Larivée. L'entièreté de nos comportements et des éléments de notre vie intérieure, jusque dans les moindres détails, serait explicable par cette théorie. Selon la psychanalyse, tout a une cause psychique ou sexuelle, qu'elle prétend seule être en mesure de comprendre.»

Ses détracteurs sont depuis toujours nombreux. Plusieurs scientifiques comme Jacques Bénesteau, auteur de Mensonges freudiens: histoire d'une désinformation séculaire, qualifient même la psychanalyse de pseudoscience. Serge Larivée abonde dans le même sens.

Dans l'article de MM. Larivée et Coulombe, le père fondateur de la psychanalyse en prend pour son rhume. Mais aussi Lacan et Bettelheim. «La psychanalyse est probablement l'une des plus grosses fraudes depuis le début du 20e siècle, signale Serge Larivée. Freud a falsifié ses résultats et a menti sur les cas qu'il a supposément traités; il n'a guéri personne! Aujourd'hui, un chercheur qui commettrait ces écarts scientifiques perdrait à jamais ses fonds de recherche.»

Et il précise que, même si Freud avait été d'une honnêteté scrupuleuse, la critique qu'il fait de la psychanalyse demeurerait valide.

Dominique Nancy