Michel Dallaire au pays des merveilles

  • Forum
  • Le 26 août 2013

  • Marie Lambert-Chan

Michel Dallaire a été séduit par ce minéral qui lui rappelait le travail de l’artiste Charles Daudelin. (1)«C'est absolument fabuleux! C'est magnifique!» ne cesse de répéter le célèbre designeur Michel Dallaire alors qu'il visite pour la première fois l'exposition Mont et merveilles présentée au Centre d'exposition de l'Université de Montréal.

 

On peut y voir 300 objets, œuvres, spécimens, artéfacts et documents provenant de sept collections conservées par l'UdeM, HEC Montréal et Polytechnique Montréal. Un univers éclectique et captivant où se côtoient une vieille machine à écrire, des œuvres des plus grands artistes québécois, un instrument de musique fait de bouchons de bière, de précieux minéraux et un fauteuil de dentiste datant du 19e siècle.

Il y a près d'un an, le Centre d'exposition a offert une occasion unique à M. Dallaire: explorer la richesse et la diversité de ces collections afin de sélectionner sept objets «coups de cœur». «C'est toujours intimidant de faire part de ses préférences dans un domaine qui n'est pas le sien, admet-il. Je me suis laissé porter par mes valeurs et mes connaissances, c'est-à-dire le design, l'architecture, la fonction et l'essence des choses. Par exemple, j'ai été fasciné par cette fleur carnivore, la sarracénie pourpre, tirée de l'herbier Marie-Victorin. Je n'y connais rien en botanique, mais cette plante m'a interpelé par son design. Elle est munie de longues flutes où sont attirés les insectes qui sont par la suite incapables d'en sortir. C'est un piège extrêmement bien conçu.»

Ce tapis illustre le nerf trijumeau, qui innerve les dents et les tissus dentaires. On dépeint quelques interventions pour corriger des problèmes de carie et de dents absentes. Les inscriptions sont en français, en persan et en arménien. (2)Selon Louise Grenier, directrice du Centre d'exposition, la curiosité, la sensibilité et la créativité de Michel Dallaire font de ce dernier l'invité tout indiqué pour un tel évènement. «Son parcours incroyable et son enthousiasme par rapport à tout ce qu'il découvre m'impressionnent depuis longtemps, déclare-t-elle. Qui d'autre que lui peut porter un regard neuf et en même temps très avisé sur ces objets?»

La présence du designeur n'est pas le seul fil conducteur qui relit les objets choisis par les conservateurs des différentes collections – chacune en possède des centaines, voire des milliers. «Nous souhaitons mettre en valeur leurs liens avec l'enseignement et la recherche, car leur contenu est encore et toujours exploité dans le cadre de l'une ou l'autre de ces activités, explique Mme Grenier. C'est aussi la possibilité d'offrir un aperçu du patrimoine collectif remarquable constitué par l'UdeM et ses écoles affiliées.»

Une richesse encyclopédique méconnue

Double harpe arquée (3)L'exposition permet de découvrir des merveilles malheureusement méconnues du grand public et même de la communauté universitaire, comme celles de la collection de génie géologique de Polytechnique Montréal. Le coup de cœur de Michel Dallaire en fait foi: un cube presque parfait de pyrite. «Aucun homme n'a taillé cette pierre. C'est le travail de la nature. Intrigant, n'est-ce pas? dit celui qui a choisi cette pièce parce qu'elle lui rappelle l'œuvre de Charles Daudelin. Quand je l'ai tenu dans mes mains, je me suis exclamé “Ça, c'est du vrai Daudelin!”»

Il n'est donc guère étonnant que le designeur ait indiqué sa préférence pour une sculpture du même artiste au moment de sa visite de la collection d'œuvres d'art de l'UdeM. Baptisée L'infini se joue, la sculpture de laiton est faite de parois réfléchissantes se faisant face.

La sélection de Michel Dallaire témoigne de son attrait pour la beauté des objets, de même que pour la simplicité et l'efficacité de leur conception. Des archives institutionnelles et privées de HEC Montréal, il a tiré une machine à écrire Hammond âgée de près d'un siècle. Il est tombé amoureux d'une harpe-cithare faisant partie du catalogue de la collection d'instruments de musique du monde du Laboratoire d'ethnomusicologie et d'organologie. Quand il a examiné la collection de médecine dentaire du musée Eudore-Dubeau, son œil a été attiré par un étrange tour à pied servant à faire fonctionner une fraise manuellement.

Parmi la collection d'objets ethnographiques du Département d'anthropologie, il a adopté une meule dormante et une louche formée d'une écorce de bouleau roulée sur elle-même et pincée par une branche d'épinette. «En tant que designeur industriel, si j'étais coincé dans les bois et que je doive servir la soupe, je ne pourrais faire une plus belle louche. C'est du vrai design!» affirme-t-il.

L'exposition Mont et merveilles se poursuit jusqu'au 8 décembre au Centre d'exposition, situé dans le pavillon de la Faculté de l'aménagement de l'UdeM.

Marie Lambert-Chan

 

(Photos: Claude Lacasse)

1- Pyrite (à gauche)
Sparta, Illinois, États-Unis
Échange en 1983

Phyllade à pyrite
Montpelier, Vermont, États-Unis
Collection de génie géologique de Polytechnique Montréal

2- Nerf Trijumeau
XXe siècle
Fibre, laine
Collection de médecine dentaire du Musée Eudore-Dubeau
Faculté de médecine dentaire, Université de Montréal

3- Double harpe arquée
République démocratique du Congo
Collection d’instruments de musique du monde du Laboratoire d’ethnomusicologie et d’organologie (LEO/OICRM)
Faculté de musique, Université de Montréal
Prêt de Robert Kassisi