Mission: sauver des victimes en forêt!

  • Forum
  • Le 26 août 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

David Paré, grimpeur aguerri, se sent aujourd’hui mieux outillé pour intervenir dans les expéditions qu’il envisage d’entreprendre au cours des prochains mois.Vous amerrissez en hydravion avec d'autres secouristes sur un lac de la Baie-James pour venir en aide à des victimes d'une catastrophe dont vous ignorez tout. Vous ne savez pas combien il y a de blessés, jusqu'où ils sont dispersés et de quoi ils souffrent.

 

Vous avez peu d'équipement. Et il faut agir vite.

Voilà les paramètres d'une mission de sauvetage simulée par les formateurs du stage Médecine de brousse, qui s'est déroulé du 4 au 12 aout en Mauricie et auquel 12 étudiants en médecine de l'Université de Montréal et un médecin spécialiste s'étaient inscrits. «Des bénévoles tenaient le rôle des victimes et nous n'étions pas à la Baie-James mais dans une forêt des environs. Mais nous sommes entrés dans l'action comme dans la vraie vie», relate l'instigateur du stage, David Paré, étudiant de troisième année au doctorat en médecine au campus de l'UdeM en Mauricie à Trois-Rivières.

«Mine de rien, il y a des choses complexes à prévoir si l'on fait face à des blessés quand on est en région éloignée, sans accès à du matériel de pointe. Qui soigner en premier? Comment communiquer entre nous pour établir un ordre de priorité? Comment intervenir efficacement devant une fracture ouverte du tibia? Dans quel cas décréter des mesures d'évacuation?» Et ce, sans oublier des questions plus «classiques» des cours de secourisme: quoi faire avec des patients allergiques, intoxiqués ou souffrant d'une hémorragie?

David Paré affirme avoir beaucoup appris durant ce stage, et ses attentes étaient élevées. «Les neuf jours de stage ont été bien remplis. Le plus mémorable, pour moi, a été cette simulation d'un accident en forêt que nous avons vécue ensemble.»

C'est le médecin américain David Johnson, qui possède 30 ans d'expérience en la matière, qui était le formateur sur place, accompagné de Jason Stewart, un ambulancier spécialisé. Les deux hommes travaillent notamment pour la Wilderness Medical Associates, une organisation canadienne qui se spécialise dans le secourisme d'aventure et qui offre des formations à l'étranger. David Paré a choisi ces experts en fonction des stages qu'ils proposent en milieu universitaire, notamment à l'Université McMaster, en Ontario, et à l'Université de la Colombie-Britannique.

 

Les places disponibles pour le stage de médecine de brousse se sont rapidement envolées.

L'aventurier médecin

 

 

Si David Paré n'ose pas parler de lacunes, la formation en médecine aborde assez peu les situations d'urgence en forêt dans son cursus. «De plus en plus de gens font du plein air dans des régions isolées et les médecins n'échappent pas à la mode, dit l'externe qui a lui-même une solide expérience de la montagne. Il me semblait pertinent d'offrir l'occasion aux étudiants en médecine de couvrir ce champ d'intervention.»

Les participants ont payé de leur poche les frais d'inscription de 1000 $, et deux commanditaires ont permis aux stagiaires d'utiliser gratuitement leur propriété pour les simulations de terrain. Le camp Minogami, à Shawinigan, et le Portail Oniria, à Sainte-Gertrude (possession du Dr Guillaume Langlois) ont ainsi ouvert leurs portes au groupe. Le jeune homme signale qu'il a obtenu un appui constant du campus de l'UdeM en Mauricie.

Il n'a pas l'intention d'en rester là, puisqu'il est déjà à pied d'œuvre en vue de la reprise du stage de médecine de brousse en 2014. Son objectif est d'en faire une activité récurrente, éventuellement intégrée de façon officielle à la formation en médecine. L'Université McMaster offre ce stage comme cours à option à ses étudiants depuis plusieurs années.

À présent, David Paré se sent mieux outillé pour intervenir dans les expéditions qu'il envisage d'entreprendre au cours des prochains mois. C'est un grimpeur aguerri qui compte parmi ses conquêtes le mont Kenya en 2013, deuxième sommet d'Afrique. Sa plus grande aventure a été la quasi-conquête du pic Lénine, au Kirghizstan, près de la frontière du Tadjikistan. Des quatre alpinistes de son groupe, un seul a atteint le sommet de 7134 m. David Paré a cessé l'ascension à 6200 m.

En tout cas, le jeune homme n'a pas peur de l'engagement. Avec une étudiante de la faculté, Jade Scott-Giasson, David Paré a mis sur pied le Projet d'engagement communautaire au Kenya, finaliste du prix Avenir Société, communication et éducation de Forces Avenir 2012, qui consiste à gérer un orphelinat à Wagusu. Cette année, les dons ont permis de bâtir un poulailler. David Paré revenait tout juste du Kenya, où avec Jade il a participé à sa construction, lorsqu'il a pris part au stage. Pourquoi un poulailler? Pour offrir une source de protéines et de lipides à des enfants âgés de deux à sept ans qui se nourrissent presque exclusivement de glucides. De plus, le millier de poulets élevés constituera une source de revenus plus fiable pour l'orphelinat afin de subvenir aux autres besoins des enfants et de rémunérer ses employés.

Grâce aux fonds amassés à Trois-Rivières et Montréal et grâce à l'engagement des étudiants de l'UdeM, les promoteurs du projet espèrent contribuer à l'éducation des orphelins par diverses activités éducatives.

Mathieu-Robert Sauvé

(Photos: Élisabeth Anctil-Martin)