Un visionnaire prend les commandes du site d'Outremont

  • Forum
  • Le 3 septembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Yves Beauchamp a orchestré la croissance de l'ETS«Le campus d'Outremont aura une identité propre qui va ajouter au rayonnement international de Montréal. Nous nous inspirerons des meilleures pratiques et de projets d'envergure à Barcelone, Grenoble, Londres et Boston par exemple, où les universités, les organismes publics et privés, les entreprises, les communautés regroupées dans des écosystèmes propices à la créativité et à l'innovation convergent dans des projets innovants.»

 

Voilà comment Yves Beauchamp, le nouveau directeur général du développement du site d'Outremont de l'Université de Montréal, perçoit l'avenir de ce lieu. Entré en fonction le 26 aout, après 11 ans à la direction générale de l'École de technologie supérieure (ETS), il a fait le saut de l'autre côté de la montagne pour accepter l'offre du recteur, Guy Breton. «Un défi extraordinaire», lance-t-il.

Sous sa gouverne, l'ETS s'est métamorphosée. Le nombre d'étudiants a plus que doublé, passant de 3500 à 7500; le budget de fonctionnement a grimpé de 40 à 115 M$; on y a créé les 25 premières chaires de recherche. Les activités de promotion immobilière se sont grandement accrues: un budget de 270 M$, la construction de 1,25 million de pieds carrés. Le tout sans déficit et en respectant les échéanciers. Au dernier jour de son mandat, le 21 juin dernier, M. Beauchamp soulevait la première pelletée de terre d'un bâtiment de 37 M$: la Maison des étudiants. En une décennie, plus d'un millier de lits ont été ajoutés aux résidences étudiantes...

Actuellement, dans son nouveau bureau du pavillon Roger-Gaudry, il examine les multiples volets du projet du site d'Outremont et ses quartiers limitrophes, dont la construction du complexe des sciences, qui débutera dès 2015. «Ce n'est pas moi qui peux vous parler du processus de construction. Mon rôle consiste à développer la vision et le positionnement du site d'Outremont, les partenariats avec les entreprises et les organismes du secteur et la stratégie d'utilisation du territoire.»

Dans sa vision des choses, il imagine le pavillon des sciences comme un pôle d'excellence au centre d'un grand périmètre urbain reliant les quartiers d'Outremont, de Parc-Extension, de Ville-Mont-Royal et du Mile End. Il s'y mêlera recherche et enseignement universitaires, influences d'une communauté créative et engagée, dans un environnement favorisant ce qu'il appelle la «mixité sociale», propice à l'innovation. Il se réjouit du fait que des composantes de la Faculté de musique doivent y déménager dans une phase ultérieure. Il estime que les chercheurs et les étudiants doivent être partie intégrante de chaque étape de la mise en place de ce projet. À l'ETS, il a toujours gardé le contact avec le corps professoral, ce qui explique une partie de ses succès. «C'est en équipe qu'on réussit des projets de cette envergure», mentionne-t-il.

Site du futur campus d’Outremont

L'instigateur du Quartier de l'innovation

Formé en génie industriel à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Yves Beauchamp fait un doctorat en génie industriel, spécialisé en ergonomie appliquée, à l'Université de Virginie-Occidentale en 1989. Il est ensuite engagé par l'UQTR, puis par l'ETS en 1992, où il passe de professeur à administrateur dans les années 90.

Parallèlement au développement de son école, il est l'instigateur du Quartier de l'innovation, qui englobe les entreprises et les quartiers résidentiels du sud-ouest de Montréal. «Ce quartier connaissait une flambée immobilière sans précédent. Mais nous ne voulions pas le voir devenir un grand parc de condos, dont l'âme aurait disparu. Nous avons travaillé pour conserver des logements sociaux et abordables, des commerces de proximité et des ateliers d'artistes.»

La conversion de l'ancien Planétarium Dow (cédé à l'ETS pour un dollar par la Ville de Montréal) illustre l'interdisciplinarité favorisée par le gestionnaire. Avec la collaboration de professeurs de HEC Montréal, de l'Université McGill, de l'Université de Montréal et de l'ETS, l'hémisphère patrimonial deviendra un carrefour de créativité où on lancera des idées qui mèneront ultérieurement à des innovations. Toute une communauté créative y convergera et l'on fera de la recherche et de l'enseignement.

Outremont innovant

M. Beauchamp s'attend à serrer bien des mains dans les prochains mois, car une partie de son travail consistera à établir des ententes avec des professeurs, des représentants municipaux et des administrateurs de tous les secteurs.

L'instigateur du Quartier de l'innovation ne manque pas d'énergie, puisqu'il croit qu'un potentiel semblable à celui du sud de la ville réside dans les environs de l'ancienne gare de triage du Canadien Pacifique. «La position géographique du nouveau site est stratégique.»

Yves Beauchamp aurait pu se préparer à retrouver son poste de professeur titulaire de génie industriel, mais il affirme ne rien regretter de sa décision. Dans 10 ans, il souhaite que le site d'Outremont ait fait sa marque dans le positionnement de «Montréal comme ville innovante non seulement au pays mais dans l'Amérique du Nord».

Mathieu-Robert Sauvé