Sarah Guérin débarque à Montréal avec 38 boites de livres

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  • Le 9 septembre 2013

  • Mathieu-Robert Sauvé

Sarah GuérinArrivée cet été de Londres, où elle menait depuis deux ans des recherches sur l'art médiéval au Courtauld Institute of Art, Sarah Guérin attend ses bagages: 38 boites de livres qu'elle entend disposer dans la bibliothèque de son appartement du Plateau-Mont-Royal. 

«Je suis très excitée à l'idée d'entamer ma nouvelle vie à Montréal, où j'étais venue quelques fois en touriste avant d'être engagée par le Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques», dit-elle.

Spécialiste des ivoires gothiques, ces statuettes et bas-reliefs sculptés dans des défenses d'éléphant – une mode artistique qui a connu son heure de gloire aux 13e et 14e siècles –, Mme Guérin s'est également beaucoup intéressée aux cathédrales gothiques, sujet du premier cours qu'elle donne cet automne.

Que diable les cathédrales gothiques peuvent-elles nous apprendre à l'ère des lunettes Google? La question l'amuse beaucoup. «Ce sont les premières grandes constructions historiques. Des chefs-d'œuvre qui amenaient à travailler ensemble architectes, mathématiciens, artisans et ingénieurs, mais aussi artistes, membres des élites politique et spirituelle. On peut dire que ce sont les premières grandes réalisations interdisciplinaires», répond-elle.

La médiéviste mesure sa chance d'occuper officiellement, depuis le 15 juillet, un poste de professeure adjointe dans un établissement comme l'Université de Montréal. Coup de chance: l'offre d'emploi affichée par l'UdeM tombait précisément dans son domaine d'études. «C'était la première fois qu'un poste dans une université du Canada correspondant parfaitement à mes compétences se présentait», indique l'historienne de l'art originaire de Saskatchewan.

Elle a bien l'intention de favoriser les liens entre professeurs dans le département qui l'embauche. Après tout, il y a de magnifiques possibilités de lier l'histoire aux techniques cinématographiques. À preuve, cette infographie de la construction de Notre-Dame de Paris sur sa page Facebook. On s'y croirait! Deux siècles d'histoire en 30 secondes.

Réorientation réussie

Le survol de son parcours a de quoi rassurer les gens qui pensent réorienter leur carrière... D'abord attirée par la voie scientifique, Mme Guérin en est à sa troisième année d'études en microbiologie et immunologie à l'Université de la Saskatchewan lorsqu'elle suit un cours à option en histoire de l'art. C'est le coup de foudre! Elle termine son programme de science et, dès l'obtention du diplôme, s'inscrit en histoire de l'art à l'Université de Toronto.

Ensuite, elle fera un premier postdoctorat à l'Université Columbia, à New York, de 2009 à 2011. Grâce à une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, elle effectue des travaux qui la conduisent au Courtauld Institute of Art, dans la capitale britannique, où elle découvre dans le cadre de son second postdoctorat de nombreuses autres œuvres spatiales et picturales en ivoire. Mme Guérin se fait rapidement connaitre chez les médiévistes par la qualité de ses analyses.

Parlant un excellent français – hérité de son père, franco-ontarien, et raffermi grâce à son mari, d'origine suisse –, Sarah Guérin a beaucoup de travail devant elle. Mais elle prend le temps de respirer l'air de Montréal, qu'elle considère comme «la ville la plus canadienne du Canada» par son caractère multilingue et multiculturel. «Les gens semblent relax et il y a des parcs dans tous les quartiers. Je suis heureuse de pouvoir enfin déposer mes valises.»

Mathieu-Robert Sauvé